Une femme sur la brèche

Méditations spirituelles 10/06/2021

ADRA France | Trait d’Union N. 57, p. 8

Marie-France B, vous êtes la vice-présidente du CCAS de votre commune, mais aussi, dans votre vie professionnelle, responsable d’un Service Local de Solidarité : le service social du département. J’ai remarqué que le conseil d’administration du CCAS, qui compte douze membres, est composé en grande majorité de femmes (10). Comment expliquez-vous cette sur-représentation féminine ?

C’est exact, hormis Monsieur le Maire qui préside le CCAS, cinq autres membres sont des élues municipales et six autres personnes représentent des associations sociales ou humanitaires. Pour ce qui est des élues municipales, le conseil a sans doute considéré que c’était la place des femmes, sans y avoir forcément beaucoup réfléchi, estimant que cette délégation était davantage féminine que masculine.

Pour les représentants des associations, force est de constater que les femmes sont majoritaires dans des postes à responsabilité. Peut-être sont-elles plus enclines à s’intéresser aux problèmes des gens, plus empathiques. C’est le cas aussi au niveau du personnel des Services Locaux de Solidarité (SLS) du département me semble-t-il ?

Vous avez raison, dans le SLS que je dirige, la trentaine de salariées est exclusivement féminine : assistantes sociales, psychologues, médecin, personnel d’accueil, il n’y a que des femmes. Ce sont des métiers très féminins.

Comment expliquez-vous cela ?

Les hommes ont davantage accès aux métiers manuels que les femmes. Ils ont souvent la satisfaction de voir concrètement ce qu’ils ont pu réaliser de leurs mains. Dans le domaine social, on a un peu le même type de satisfaction dans le règlement de problèmes souvent complexes. Les bénéficiaires de nos services sont aussi majoritairement des femmes, et d’être accueilli pour évoquer leurs difficultés par d’autres femmes, facilite le dialogue et la mise à plat des problèmes et favorise les confidences.

Pourquoi les bénéficiaires sont-ils principalement des femmes ?

Elles sont les principales victimes de la pauvreté et des violences. Elles sont obligées de gérer les problèmes domestiques d’éducation des enfants, de logement, de fin de mois difficiles. Ce sont elles qui se retrouvent le plus souvent avec la garde des enfants dans les couples qui se séparent (et qui sont de plus en plus nombreux). Par conséquent la gestion des difficultés leur retombe dessus. Elles sont de fait, les cheffes de famille. Mais elles sont plus souvent que les hommes victimes du chômage, surtout si elles sont sous qualifiées, ce qui est souvent le cas avec la population que nous recevons. Par fierté, les hommes n’aiment pas venir quémander, ou alors ils le font avec agressivité. Nous préférons avoir à faire avec les femmes. Il est plus facile de dialoguer et de régler les problèmes parfois très imbriqués.

Marie-France, une dernière question personnelle, pourquoi avoir choisi cette voie ?

Je ne me suis jamais vraiment posé la question de cette façon, ce job est une sorte de vocation, je suppose. Il m’est apparu comme naturel pour moi, je me sens utile.


Interview réalisée par Alain Lovera


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