Un père parfait

Méditations spirituelles 24/11/2021

Septembre 2021 | Adelina Alexe | Adventist Record | Adventiste Magazine

La recherche de la perfection peut être un fardeau trop lourd à porter. Mais peut-être que les notions communes de la perfection et de la paternité ont besoin d’être mises à jour.

La plupart d’entre nous ne peuvent prétendre avoir un père parfait. Bien sûr, nous pouvons énumérer ses traits positifs, toutes les choses qu’il a faites pour nous et les valeurs qu’il nous a enseignées. Mais nous pouvons aussi énumérer ce qu’il n’a pas fait, les façons dont il nous a laissé tomber et les erreurs que nous avons héritées de lui (la plupart du temps inconsciemment).

Tout au long de leur vie, les enfants apprennent en imitant leurs parents. Alors que nous avions l’habitude de penser que ce type d’imitation s’arrête avec l’âge adulte, les sciences sociales nous montrent de plus en plus que l’influence parentale s’étend bien au-delà du moment où nous atteignons l’indépendance. Nous ressemblons beaucoup plus à nos parents que nous ne le réalisons souvent : tout au long de notre vie, nos figures paternelles et nos modèles continuent d’avoir un effet sur nous.

Alors, le père parfait, est-ce qu’il existe ? Je dirais que oui. Suivez-moi pour savoir pourquoi.

D’ailleurs, qu’est-ce que la perfection ?

Pendant la majeure partie de ma vie d’adulte, j’ai compris la perfection comme un état dans lequel on est sans erreur. En tant que personne qui aime la croissance et apprécie la qualité, cette image de la perfection me mettait beaucoup de pression. Je me suis retrouvée à poursuivre une illusion, quelque chose qui n’avait même pas de logique.

Ma vision de la perfection impliquait une manière statique d’être et un être statique n’est pas compatible avec le statut de personne. En d’autres termes, pour être parfait, tel que je le concevais, la perfection devait être une constance impersonnelle, un point fixe, un peu comme le concept de la personne immobile d’Aristote. Si la perfection est un état que l’on atteint, on ne peut pas la changer une fois qu’on a atteint cet état, puisqu’il n’y a pas de statut supérieur à atteindre. Ainsi, mon idée de la perfection était abstraite, robotique et insulaire.

Il est intéressant de noter qu’en tant que chrétien, il m’est parfois arrivé de penser à Dieu en des termes similaires. Dans la Bible, Dieu est décrit comme parfait : « Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5.48). Je voyais Dieu comme impersonnel, exigeant, un maniaque du contrôle de la qualité.

Il est intéressant de noter que ma vision de la perfection de Dieu n’existe pas dans un vide. Les idées philosophiques grecques de la perfection et de Dieu ont eu une grande influence sur l’église chrétienne primitive et sur l’époque médiévale. Cela signifie que, pendant longtemps, ce Dieu Père a été perçu davantage comme une force impersonnelle plutôt que comme un Père aimant.

Comment comprendre la perfection

Cependant, d’autres facteurs ont influencé mon image de l’amour de Dieu, notamment mon expérience avec mon père. Bien qu’il ne soit pas le parent le plus présent, il n’était certainement pas impersonnel. Il n’était pas non plus exigeant et n’était certainement pas un maniaque du contrôle de la qualité. Cela a créé une dissonance dans mon esprit. Était-il possible que mon père soit un meilleur être que Dieu, mon Père spirituel ? La réponse devait être non.

Comment aurais-je donc dû penser à Dieu en tant que Père et comment aurais-je dû comprendre la perfection ?

À première vue, Matthieu 5.48 ne semble pas nécessiter d’interprétation. Le texte est simple et le commandement semble assez direct. Mais une grande partie de notre interprétation de ce texte dépend de la façon dont nous comprenons la perfection.

Si je comprends la perfection en termes grecs comme une manière d’être impersonnelle et statique, je me forge une image de Dieu à partir de cette perspective. Pour aggraver les choses, je finirai par croire que Dieu veut que je sois comme cela aussi. C’est le genre de christianisme qui se flagelle et qui est extrêmement critique envers les autres. Considérez-le comme un contexte hautement critique « conçu » pour nous aider à atteindre la perfection.

La définition de la perfection

Le portrait de Dieu dans la Bible (qui est assez détaillé) ne correspond pas à la notion statique et impersonnelle que les Grecs avaient de Dieu et de la perfection. Dans la Bible, Dieu est personnel. Il communique avec nous par des mots, il vient à nous et habite avec nous, il se sacrifie, comme le montre l’histoire de Jésus-Christ, il nous guide, et il éprouve toute une gamme d’émotions dans sa relation avec nous, ce qui montre qu’il éprouve des émotions avec nous et a des sentiments envers nous.

Dieu est présent, sans être envahissant. Il offre un bon exemple et espère qu’en passant plus de temps en sa présence, nous pouvons naturellement devenir plus semblables à lui. Il ne se contente pas de nous dire ce qu’est l’amour, il nous le montre par ses actions. Et non seulement Dieu est en relation avec nous, mais le Dieu trinitaire existe en tant que relation d’amour mutuel et dans un but commun unificateur.

La définition de Dieu est la définition de la perfection. Dieu, notre Père céleste, est la perfection. Et si Dieu n’est pas un point statique, mais un Dieu personnel et relationnel, alors la perfection n’est pas un état à atteindre, mais une manière d’être, permettant le mouvement, le changement et la relation, un contexte dans lequel nous pouvons vivre notre existence fluide, y compris la croissance et le développement.

Si nous devons être parfaits, comme Dieu est parfait, il nous suffit d’être comme lui : aimer dans un contexte de liberté, faire passer les autres en premier et accorder plus de valeur aux autres qu’à notre propre vie. Ce n’est pas un état d’être à atteindre, mais une manière d’être qui nous accompagne où que nous soyons dans le temps et l’espace.

Paternité, perfection et changement

Je me demande combien de choses nous nous trompons sur Dieu à cause des différentes influences dans nos vies. Nos concepts sont formés et informés par tant de facteurs et la tendance naturelle est de transposer cela sur les concepts religieux.

Soulever des questions, chercher des réponses et comparer nos opinions avec des déclarations et des passages de la Parole de Dieu peut nous aider à saisir la profondeur et les dégâts de cette dissonance et à recréer notre image de Dieu.

La Bible nous invite à tester sa vérité avec la raison. Il suffit de se familiariser avec la Bible pour voir ce qu’elle dit réellement de Dieu, de nous-mêmes, du but de notre vie et de bien d’autres choses encore.

Ma connaissance de la Bible m’a permis de déconstruire mes opinions erronées, ce qui a eu un grand impact sur mon développement personnel. Je ne poursuis plus d’illusions de perfection. J’essaie plutôt d’imiter Dieu, mon Père céleste, en apprenant ce que signifie faire partie des relations dont l’amour est l’élément central. C’est le voyage de toute une vie, mais c’est bien ainsi, car je ne ressens pas la pression d’arriver à un certain point.

En fait, si j’avais l’impression d’avoir tout compris, je perdrais le mystère, la croissance et les racines toujours plus profondes de la vérité divine qui enrichissent mon expérience en tant que personne vivant sa propre histoire.


Adelina Alexe, étudiante en théologie systématique à la Andrews University à Berrien Springs, Michigan, États-Unis. Elle aime Dieu et apprécie la nature, l’art et les conversations profondes.


Traduction : Tiziana Calà

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