Pourquoi devrions-nous soutenir l’éducation chrétienne ?

Méditations spirituelles 15/11/2021

Je m’engouffrai dans un bus bondé de monde. D’une main, je tenais mon porte-documents et de l’autre, je m’agrippai à la rampe. On ne peut pas dire que ce voyage à Bangalore, en Inde, près de ma ville natale, était des plus agréables, en cet après-midi d’été. Le chauffeur aborda brutalement un virage étroit et le mouvement du bus me fit faire un tour sur moi-même. C’est alors que j’aperçus un visage qui me semblait familier. Était-il possible que ce soit Jaya, mon ami d’enfance ? Il y avait des années que je ne l’avais plus revu, depuis que nos chemins s’étaient séparés : lui, vers une école locale et moi, dans une école adventiste éloignée. J’étais sur le point de l’appeler par son nom, mais le temps qui passe jouant parfois des tours, j’eus un doute, me demandant si cet homme était réellement mon vieil ami.

Alors que mon esprit tentait de revivre le passé, un souvenir me revint en mémoire et dissipa mes doutes. Un jour, alors que nous rentrions chez nous, après une longue journée d’école qui incluait un match de football, j’avais demandé au groupe d’accélérer le pas. « Je meurs de faim », avais-je expliqué. Quelques instants plus tard, nous avons entendu les cris de douleur de Jaya. Nous nous sommes précipités et l’avons trouvé, le visage en sang. Après m’avoir entendu me plaindre de la faim, il avait décidé de faire quelque chose. Il s’était furtivement introduit sur la propriété d’un chalet au bord du chemin, avait grimpé dans un goyavier et rempli ses poches de ce joli fruit. En nous rejoignant, arborant le sourire de celui qui a accompli sa mission, le gardien l’avait aperçu et l’avait pris en chasse. Courant aussi vite que possible, Jaya avait sauté la barrière, mais était tombé dans les fils de fer barbelé et s’était blessé la joue. Cette aventure se solda par seize points de suture et une cicatrice indélébile.

C’était bien elle ! La cicatrice ! Je m’approchai et la vis parfaitement sur sa joue droite. « Jaya ! », m’écriai-je rempli d’émotion, mais il ne me répondit pas. Je m’identifiai, mais il resta impassible, le regard froid et lointain. Aucun sourire, aucune manifestation de joie à la vue d’un ami d’enfance perdu de vue depuis plusieurs dizaines d’années.

Le bus s’approchait d’un arrêt. Je lui proposai de descendre et d’aller au restaurant pour évoquer ses années passées autour d’un bon repas. Mais il secoua la tête et se précipita vers la sortie. Soudain, il fit demi-tour, plaça quelque chose dans ma main, descendit du bus et disparut dans la foule. En ouvrant ma main, à mon grand étonnement, je reconnus mon portefeuille. Entre le moment où j’étais monté dans le bus et où je m’étais retourné sur moi-même, Jaya m’avait volé.

Cela s’est passé il y a déjà plusieurs années, mais la question me vient encore en tête : Pourquoi ? Nous avions beaucoup de choses en commun : le même milieu, les mêmes difficultés et les mêmes opportunités. Mais l’un de nous était devenu pickpocket et l’autre, pasteur. Je pourrais simplement dire que j’en suis là par la grâce de Dieu. Cette réponse pourrait suffire, mais je crois que j’ai eu la plus grande chance de ma vie. Dieu m’a cherché quand j’étais adolescent, tel un bloc d’argile informe et m’a modelé selon sa volonté. Cela s’est produit dans une école adventiste que j’ai fréquentée à cette époque de ma vie.

Qui m’a donné cette éducation adventiste ? Trois éléments :

Premièrement, l’éducation adventiste fait prendre conscience que je ne suis pas le fruit du hasard, dans le temps et dans l’espace. J’ai appris qu’il existe un Dieu qui m’aime infiniment, qui m’a créé à son image et qui désire que je lui appartienne. La réalité de ce Dieu est pour moi devenue évidente en classe, dans les internas et à la ferme où j’ai travaillé pour payer mes études. Lorsque Dieu se saisit de quelqu’un, il l’entoure d’amour et de soin et désire son bien et la vie prend un nouveau tournant.

Deuxièmement, l’éducation adventiste m’a fait prendre conscience que la vie a un sens et un objectif. Sur le campus, j’ai compris que l’éducation est plus que la maîtrise des informations que ce soit en Bible, en Langues, en Histoire, en Mathématiques, ou en Sciences. Elle nous pousse à ressembler à Jésus, à marcher comme lui, à entrer en relation avec les autres comme lui, à travailler comme lui et, surtout, à être prêt à vivre avec lui. Cette dernière dimension eschatologique fixe un objectif au voyage de la vie, quels qu’en soient les détours.

Troisièmement, l’éducation adventiste m’a donné une vision claire du monde. Avant d’étudier au collège adventiste, mon objectif consistait à gravir les échelons professionnels pour mener une vie décente. Mais l’éducation chrétienne m’a permis d’acquérir une vision plus globale du monde : je ne suis pas tout seul. Dieu existe au-dessus de moi et en moi. Et, autour de moi, vivent des êtres humains comme moi. Une vision et une mission nous lient les uns aux autres, nous poussant à marcher ensemble vers le royaume de Dieu et à nous entraider.

Cette marche vers le royaume, la communion avec le Christ dans cette vie et dans la vie éternelle, atteindre et toucher des vies font partie des défis que l’éducation chrétienne lance à plus d’un million de jeunes aujourd’hui. Je ne peux pas garantir que l’éducation chrétienne fera pour tous les étudiants ce qu’elle a fait pour moi, mais je crois fermement que cet avantage adventiste peut faire une grande différence dans la vie des jeunes. Je crois que cette raison est suffisante pour soutenir l’éducation chrétienne.


Par John M. Fowler, docteur en Éducation et ex-directeur adjoint du département de l’Éducation à la Conférence générale. Publié dans la revue L’ancien, 3 trimestre 2013, page 10-11

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