Le moment est-il venu de quitter les villes ?

Réflexions spirituelles

Août 2020 / Alberto R. Timm / Adventist World

Lorsque Dieu créa Adam et Ève, il les plaça dans le jardin d’Éden et les bénit en ces termes : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez » (Gn 1.28). « Dieu souhaitait que la terre entière suivît l’exemple du jardin d’Éden » (1).

Après la chute, la population de la terre augmenta considérablement et les villes commencèrent à prospérer. Sous la direction de Dieu, Josué répartit le territoire de Canaan entre les tribus israélites (Jos 13-21). Jérusalem devint finalement le centre religieux d’Israël et la ville dans laquelle l’Éternel plaça son nom (2 S 7.13 ; 2 R 21.4). Dieu lui-même est « l’architecte et le constructeur » de la nouvelle Jérusalem (He 11.10 ; Ap 21.2,10), laquelle sera « notre lieu de repos » (2).

Mais qu’en est-il des villes de notre monde de la fin des temps ? Quels rapports devrions-nous entretenir avec elles ? En sondant la Bible et les écrits d’Ellen White, on remarque une tension troublante entre vivre dans les villes et sortir des villes. Réfléchissons brièvement à cette tension.

VIVRE DANS LES VILLES

La Bible mentionne bien des fidèles qui vivaient dans des villes. Joseph, par exemple, était premier ministre à la cour de Pharaon. À ce titre, il devait vivre dans la capitale (Gn 41.44 ; 44.4). Daniel et ses compagnons servaient à la cour de Babylone (Dn 2.49 ; 6.1-3). En tant que missionnaire itinérant, Paul allait de ville en ville (Ac 20.18-24). Finalement, il vécut deux années entières à Rome dans une maison qu’il avait louée (voir Ac 28.16,30).

Jésus prévint ses disciples que Jérusalem serait détruite, et qu’un jour, ils devraient s’enfuir (Lc 21.20,21). Ils ne quittèrent pas la ville dans l’intérêt de leur propre spiritualité. Au contraire, ils y restèrent et y prêchèrent l’Évangile de façon si convaincante que même le souverain sacrificateur s’écria : « Et voici, vous avez rempli Jérusalem de votre enseignement […] ! » (Ac 5.28) C’est lorsqu’une terrible persécution éclata que bon nombre d’entre eux durent quitter la ville. Ils se dispersèrent et prêchèrent l’Évangile de lieu en lieu (Ac 8.1,4).

À la lumière des événements des derniers jours, il n’y a aucune excuse aujourd’hui pour que nous soyons moins courageux et intentionnels qu’eux. En 1888, Ellen White a déclaré : « La proclamation de l’Évangile ne se terminera pas avec une puissance inférieure à celle qui a marqué ses débuts. […] Les serviteurs de Dieu, le visage illuminé d’une sainte consécration, iront de lieu en lieu proclamer le message céleste. Des milliers de voix le feront retentir dans toutes les parties du monde (3). »

La messagère du Seigneur a même lancé un appel aux familles pour qu’elles travaillent dans les villes. En 1892, elle a écrit : « Nombreux sont ceux qui, en Amérique, peuvent se rendre avec leur famille dans d’autres villes et y brandir l’étendard de la vérité (4). » En 1908, elle a encouragé les croyants à quitter les villes, tout en reconnaissant que « certains doivent rester dans les villes pour donner le dernier avertissement » (5). En 1910, elle a ajouté : « L’heure n’est pas à la colonisation. Il faut accomplir l’œuvre de ville en ville avec rapidité (6). »

SORTIR DES VILLES

La Bible mentionne également des familles qui sortirent des villes pour s’établir dans des régions plus éloignées. Abraham et sa famille, par exemple, partirent d’Ur, en Chaldée, pour aller au pays de Canaan (Gn 11.31 ; 12.1-4). Lot et ses deux filles quittèrent Sodome et habitèrent dans les montagnes près de Tsoar (Gn 19.15-17,30). Suite à l’avertissement de Christ (Lc 21.20,21), les chrétiens qui habitaient à Jérusalem quittèrent la ville lorsque le siège par les Romains fut providentiellement interrompu. Ainsi, aucun d’entre eux ne périt (7).

Au fil des années, Ellen White a encouragé les membres d’église à sortir des villes pour s’établir en zones rurales (8). En 1906, elle a déclaré : « À mesure que le temps passe, nos membres devront de plus en plus abandonner les villes. Depuis des années il nous a été montré que nos frères et sœurs, et tout particulièrement ceux qui ont des enfants, devraient se proposer de quitter les villes dès que la possibilité leur en sera offerte (9). »

En plus de ses bienfaits pour la santé et la spiritualité, un environnement campagnard éloigne les familles de l’influence corrosive des grandes villes. Ellen White explique : « L’ennemi de toute justice a préparé des plaisirs divers pour les jeunes gens de toutes conditions, non seulement dans les villes populeuses, mais partout où se trouvent des êtres humains (10). » « Mais dans les grands centres urbains, son pouvoir sur les esprits est plus étendu, et ses filets pour piéger les pieds imprudents, plus nombreux (11). »

La décision de sortir des villes est une affaire individuelle (et familiale) qu’on ne doit pas imposer aux autres. Il faut l’envisager avec prière, en tenant compte des conditions et des implications générales, en cherchant conseil auprès d’autres personnes, et en suivant fidèlement les directives de la conscience.

Le moment viendra où une telle démarche sera impérative. « De même que le siège de Jérusalem fut le signal de la fuite pour les chrétiens de la Judée, de même le décret que la nation américaine s’attribuera le pouvoir de promulguer pour imposer le jour du repos papal sera pour nous un avertissement. Le moment sera venu de quitter les grandes villes et de s’apprêter à sortir des petites agglomérations pour gagner des lieux retirés dans les montagnes (12). »

Un départ bien planifié de la ville vers une zone rurale peut nous rapprocher du plan originel de Dieu pour l’humanité. Mais elle ne doit jamais affaiblir nos efforts missionnaires et nous conduire à une forme de religion égocentrique. Notre mission envers les villes n’est pas encore terminée. Nous ne devons surtout pas devenir des Jonas modernes (voir Jonas 1.1-3) !

En fait, nous devrions être motivés par l’engagement inconditionnel de Paul : « Mais je ne fais pour moi- même aucun cas de ma vie [chaînes et tribulations], comme si elle m’était précieuse, pourvu que j’accomplisse ma course avec joie, et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus, d’annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu. » (Actes 20.24)


1 Ellen G. White, Éducation, p. 25.
2 Idem., Témoignages pour l’Église, vol. 3, p. 514.
3 Idem., La tragédie des siècles p. 664.
4 Idem., Ellen G. White, Manuscript Releases, Silver Spring, Md., Ellen G. White Estate, 1993, vol. 12, p. 331.
5 Ellen G. White, Ministry to the Cities, Hagerstown, Md. Review and Herald Pub. Assn., 2012, p. 112.
6 Ibid., p. 146.
7 Ellen G. White., La tragédie des siècles p. 30, 31.
8 Voir Ellen G. White, Country Living, Washington, D.C., Review and Herald Pub. Assn., 1946.
9 Idem., Messages choisis, vol. 2, p. 413.
10 Idem., Messages à la jeunesse, p. 406.
11 Idem., Fundamentals of Christian Education, Nashville, Southern Pub. Assn., 1923, p. 423.
12 Idem., Instructions pour un service chrétien effectif, p. 197.


Alberto R. Timm est directeur adjoint du Ellen G. White Estate à Silver Spring, au Maryland (États-Unis).

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