Le caractère de l'éducation chrétienne

Méditations spirituelles 14/11/2021

Bien que cela soit arrivé il y a quelques années, le souvenir me fait encore trembler. Nous profitions d’une sortie en famille pendant nos vacances. Nous étions au milieu d’un endroit naturel qui offrait tout pour le bien-être : un ciel bleu, une température agréable, une végétation luxuriante. Et le plus beau : un fleuve d’eaux cristallines et fraîches. Nous avons décidé de profiter de la fraîcheur de l’eau. Aussi, nous sommes-nous tous jetés à l’eau. Je me suis chargé de mon dernier qui faisait confiance à son père. J’ai observé que quelques-uns des membres de ma famille s’étaient rendus à un endroit qui semblait très spécial, près de la rive opposée. Avec mon fils, je me suis aventuré vers cet endroit mais, soudain, j’ai senti la force du courant que je n’avais pas perçu jusque-là.

Si j’avais été seul, je n’aurais eu aucun souci à traverser le fleuve, mais avec mon fils dans les bras, c’était un véritable défi. Tout à-coup, j’ai senti la force de l’eau l’emporter. J’ai essayé de l’en sortir, mais le courant était plus fort que moi. Dans ces secondes d’angoisse, j’ai alors crié à l’aide. Mon beau-frère, un nageur expérimenté, s’est approché aussi vite qu’il a pu et, en deux formidables brassées, il a pu sortir mon fils du courant à un moment où je ne pouvais plus contrôler la situation. Mon fils ne s’était même pas aperçu du danger dans lequel il s’était trouvé. Tout a été si vite qu’il n’a pas senti la menace peser sur sa vie. Mais moi, je l’ai vue.

La valeur d’une vie

Comme la vie est précieuse ! Surtout quand il s’agit de celle de quelqu’un que l’on aime. S’il est sous notre responsabilité, sa vie nous semble encore plus chère car elle dépend de ce que nous faisons, ou laissons faire.

Je suis convaincu que Dieu nous aime d’une manière illimitée. Je le constate en contemplant toute la peine qu’il s’est donné pour nous, les humains. Il n’y avait aucune raison logique pour qu’il ne détruise pas la race humaine une fois qu’elle a décidé d’emprunter les chemins du péché. Mais la logique de l’amour est différente à la logique rationnelle et Dieu, qui est amour (voir 1 Jean 4.8), a pensé d’une manière différente. Il a préféré mourir pour que les êtres humains aient la possibilité de vivre tout en sachant le prix que cela lui couterait (voir Jean 3.16).

À maintes reprises, le Seigneur Jésus a fait allusion à l’amour des parents terrestres pour magnifier l’amour du Père céleste. Mais ces comparaisons font que nous, parents terrestres, réfléchissions à la manière dont nous aimons nos enfants. L’amour du Père céleste rend possible notre vie dans ce monde et il nous donne la perspective d’une vie éternelle. En suivant le modèle du Père céleste, nous pouvons nous permettre de dire que nous, parents chrétiens, sommes responsables tant de la vie terrestre de nos enfants que de leur vie éternelle. Quelle responsabilité !

D’après la perspective divine, les parents humains sont un instrument de salut pour les enfants qui leur sont confiés 1. Penser qu’être responsable d’une vie qui peut durer plus de 80 ans et qui, à son tour, donnera la vie est fascinante. Mais le défi s’intensifie de manière exponentielle quand nous pensons à notre responsabilité d’influencer une vie pour qu’elle se projette vers l’éternité et qu’à son tour, elle influence celle de personnes confiées à ses soins de parent au moment où, elles aussi, choisissent le chemin du salut.

La manière simple d’affronter cette réalité est de ne pas l’affronter. C’est-à-dire, de rejeter le privilège d’être père ou mère. Pour d’autres, ce n’est plus une option, car ils l’exercer déjà. Pour d’autres encore, les raisons mêmes de l’amour les empêchent de la considérer. Les défis que Dieu met devant les êtres humains sont toujours accompagnés de recours divins pour les affronter. Pour le salut de nos enfants, Dieu a laissé l’éducation chrétienne.

Qu’est-ce l’éducation chrétienne ?

Ellen G. de White définit l’éducation chrétienne de la manière suivante : « La véritable éducation implique bien plus que la poursuite de certaines études. Elle implique bien plus qu’une préparation à la vie présente. Elle intéresse l’être tout entier et toute la durée de l’existence qui s’offre à l’homme. C’est le développement harmonieux des facultés physiques, mentales et spirituelles. Elle prépare l’étudiant à la joie du service qui sera le sien dans ce monde, et à la joie plus grande encore du vaste service qui l’attend dans le monde à venir 2. »

Cette manière de concevoir l’éducation rompt avec l’idée traditionnelle que l’éducation n’est liée qu’aux processus académiques qui conduisent à la formation d’un professionnel. D’après Ellen G. de White, l’éducation va plus loin que les salles des cours. La vie est un apprentissage constant et chaque expérience doit produire de précieuses leçons qui mènent vers la formation de l’individu capable de se débrouiller efficacement dans la société où il vit et, de plus, vers la préparation pour devenir un citoyen du royaume de Dieu.

Si nous transposons ce concept à l’étape de l’enfance, il est clair que tout ce qui se passe dans la vie d’une personne doit la former pour être, en plus d’un bon chrétien, un bon citoyen, un excellent travailleur, un époux ou une épouse exemplaire, un parent qui chemine vers les sentiers du salut. Les parents doivent donner à leurs enfants des opportunités d’expériences enrichissantes qui leur permettent d’atteindre les objectifs de l’éducation.

Autrement dit, la véritable éducation ne se fait pas seulement sur des moments ponctuels et isolés. C’est un processus permanent dans le quotidien de l’individu où les parents sont les premiers et les plus importants maîtres puisque la principale leçon qu’ils offrent est leur propre vie. De ce point de vue, l’éducation des enfants commence avec l’éducation des parents. Ce qu’ils sont se répercutera dans ce que les enfants deviendront.

Ce que Dieu a ordonné

Le Seigneur lui-même a conçu le secret de l’éducation chrétienne et l’a donné à son peuple depuis le début de la nation israélite : « Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Et ces paroles que je te donne aujourd’hui seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes fils et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Tu les lieras comme un signe sur ta main, et elles seront comme des fronteaux entre tes yeux. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. » (Deutéronome 6.5-9)

Tout commence avec l’engagement des parents envers Dieu. Il est décrit comme une relation d’amour avec Dieu, elle-même reflétée dans l’amour, par sa Parole. « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » (voir Jean 14.15 ; 15.10). La meilleure préparation pour devenir un maître pour ses enfants s’obtient en aimant Dieu et en démontrant cet amour à travers une vie d’obéissance au Seigneur. À ce propos, Ellen G. White déclare : « Nous pourrons intéresser nos enfants à la Bible, si nous nous y intéressons nous-mêmes 3. »

Une des stratégies de beaucoup de foyers dits chrétiens consiste en ce que les parents essayent de forcer leurs enfants à être de meilleurs chrétiens qu’eux. En général, le résultat de ces efforts est un refus des enfants de la religion des parents qui leur semble vide, hypocrite et dénuée de sens 4.

Une fois que nous acceptons l’appel de Dieu à aimer sa Parole, vient un deuxième appel : enseigner cette Parole à nos enfants. Pour ce faire, il est nécessaire que cette Parole influence tous les aspects de la vie de l’enfant. Dieu ne nous dit pas qu’il faille des répétitions fatigantes et stériles. Ce qu’il nous ordonne est que la relation des parents avec les enfants soit telle que les principes de la Bible soient présents dans chacune des activités de l’enfant.

À ce sujet, Wilma Kirk-Lee suggère que la première leçon qu’un enfant doit apprendre sur Dieu est que le Créateur est digne de confiance. Il doit l’apprendre d’une manière pratique, en observant comment ses parents représentent Dieu dans le soin qu’ils lui donnent. Elle ajoute que la meilleure manière d’enseigner l’enfant est l’exemple. Les parents doivent donc être les modèles de ce qu’ils souhaitent qu’il devienne. Cela, dit-elle, est le vrai accomplissement de l’exhortation faite par Dieu dans Deutéronome 6.6-9, au lieu de citer constamment la Bible d’une manière lassante et improductive 5.

Ce serait une preuve évidente d’incohérence que les parents apprennent à leurs enfants les leçons de la Bible alors que la dynamique de la vie au foyer contredit les principes enseignés. Tout ce qui se passe dans la vie quotidienne des enfants a de l’importance dans sa formation.

Le caractère intégral de l’éducation chrétienne

L’objectif des expériences formatrices données à l’élève est d’influencer tout son être. Un grand nombre des systèmes éducatifs se sont trompés en se focalisant seulement sur un aspect de la personne, oubliant tout ce qui implique le développement de l’individu. Il en a alors résulté un produit déséquilibré comme, par exemple, d’extraordinaires techniciens sans sensibilité sociale, ou d’excellents professionnels sans sens éthique ou, pire, des inutiles ascètes qui deviennent des parasites supposément spirituels. Dans sa définition de l’éducation, Ellen G. White dit que le processus éducatif « comprend tout l’être ». L’engagement des parents et éducateurs est le développement intégral de leurs enfants. Quelques uns pensent qu’un système éducatif chrétien réussi est celui qui forme des personnes spirituelles, peu importe si le reste est médiocre. L’éducation chrétienne a pour but l’excellence ici et maintenant et le salut pour la Patrie céleste.

George Knight souligne cette idée dans la déclaration suivante : « L’éducation adventiste doit viser à développer tous les aspects de l’être humain et ne pas se concentrer uniquement sur l’aspect intellectuel, spirituel, physique, social, ou professionnel. En somme, le but de l’éducation adventiste est l’épanouissement complet des êtres humains dans toute la période d’existence qui s’offre à eux, à la fois dans ce monde et dans le monde à venir »6.

Dieu conçoit l’éducation comme un processus aux implications rédemptrices et le salut ne laisse de côté aucune dimension de l’être humain. Pour Dieu, tout ce qui nous concerne est important et toute faculté sera amenée à son plus haut niveau de développement pour être des serviteurs utiles 7.

L’orientation divine

Le travail formateur des parents ne finit jamais. Bien que le moment d’envoyer les enfants dans les institutions éducatives arrive, les responsables principaux du processus éducatif sont toujours le père et la mère. D’où l’importance de suivre les indications du Seigneur quand aux institutions où envoyer les enfants que nous préparons pour le ciel.

Une constante du peuple de Dieu est qu’il a toujours eu un système éducatif. Il a adopté différentes expressions selon la réalité du moment historique. On peut citer quelques exemples comme le système patriarcal, la dite école du désert8, les écoles des prophètes d’où trois remarquables se sont impliqués : Samuel, Élie, Élisée, d’après le registre biblique. L’Église adventiste a la bénédiction de compter un des plus grands systèmes religieux éducatif du monde. Des documents officiels de l’Église récapitulent son but de la façon suivante : « La vraie connaissance de Dieu et sa compagnie dans l’étude et le service, sa ressemblance dans le développement du caractère devront être la source, le moyen et l’objectif de l’éduction adventiste du septième jour »9.

L’Église adventiste a reçu l’inspiration pour développer ses écoles, ses collèges et ses universités selon les instructions que Dieu a données à Ellen G. White. Elle a écrit abondamment sur ce sujet et ses écrits ont guidé l’Église en ce qui concerne la façon de fonder et diriger ses institutions.

Dans l’interprétation de Cadwallader des écrits d’Ellen G. White, se détachent quinze objectifs pouvant être classés en trois grands domaines : religieux, séculier (qui souligne les connaissances essentielles et les devoirs pratiques) et enfin, le domaine culturel10.

Ensuite, on résume les principes proposés par le dit auteur :

✓ Fonder une institution éducative au profil religieux où le spirituel influence et contrôle le programme.

✓ Offrir des solutions aux besoins de l’humanité et de l’Église face aux défis moraux imposés par les différentes époques.

✓ Proposer des possibilités pour le salut.

✓ Éduquer les jeunes en harmonie avec le modèle du Christ.

✓ Former des ouvriers pour l’Église et, de manière très spéciale, des pasteurs.

✓ Protéger la jeunesse de l’influence corruptrice pendant ses années de formation.

✓ À travers des étudiants chrétiens et du programme institutionnel, conduire les étudiants non convertis à accepter le Christ comme leur Sauveur.

✓  Donner à la Bible une place capitale dans le programme éducatif.

✓  Montrer qu’il n’y a pas de contradiction dans la véritable science et la Parole de Dieu.

✓  Offrir un enseignement académique de qualité.

✓  Obtenir qu’il y ait du progrès chez les étudiants dans les choses qui sont « essentielles pour leur vie », c’est-à-dire dans la connaissance pratique.

✓  Ne pas se limiter à une éducation purement académique puisque, en plus d’autres livres, il y a d’autres sortes de connaissance toutes aussi précieuses.

✓  Instruire les étudiants dans « les devoirs pratiques de la vie ».

✓  Fortifier l’œuvre des églises puisque les institutions éducatives constituent une force indirecte de soutient pour les congrégations.

✓  Mettre en relation l’étudiant avec Dieu comme son Créateur à travers les œuvres de la nature et percevoir, de cette manière, la gloire de Dieu.

✓  Former pour le service, parce que les étudiants doivent apprendre l’importance de servir Dieu et son prochain.

Le Manuel d’Église récapitule le but de nos institutions éducatives à tous les niveaux en affirmant que leur objectif est de développer une vraie connaissance de Dieu, une communion et une amitié dans l’étude et le service. Tout cela avec le but suprême que les élèves développent un caractère semblable à celui de leur Créateur11.

Quand je me rappelle de l’incident du fleuve où la vie de mon fils cadet a été en danger, je remercie Dieu de l’avoir sauvé de ce courant. Mais je continue de m’engager dans le plus important : son salut éternel. Dieu aime mes enfants et tous les enfants des familles adventistes comme des héritiers du Royaume. C’est pourquoi il a créé les fondements sur lesquels nous construisons l’éducation chrétienne aujourd’hui.


1. Voir Ellen G. WHITE, Le Foyer chrétien, 2011, chap. 33, p.195.

2. Ibid., Éducation, 2009, chap. 1, p.15.

3. Ibid., chap. 20, p. 213

4. Voir Barry GANE, Reclaiming missing youth [Réclamer la jeunesse qui manque]. http://youth.adventistconnect.org/site_data/93/assets/0001/4191/ReclaimingMissingYouth.pdf

5. Wilma KIRK LEE, Religión y relaciones humanas. La paternidad: alegrías y responsabilidades [Religion et relations humaines. La Paternité : joies et responsabilités], Doral, Florida, Maison d’édition interamericaine, 2004, p. 24.

6. George KNIGHT, Revue d’éducation adventiste, n° 33, 2012, p. 27.

7. Ellen G. WHITE, Conseils aux éducateurs aux parents et aux étudiants, Former des missionnaires, p. 400.

8. L’allusion faite ici concerne l’éducation reçue par le peuple israélite pendant la traversée du désert.

9. Reglamento operativo 2011-2012 [Règlement opérationnel 2011-2012], Division interaméricaine, p. 256.

10. E. M. CALDWALLADER, Philosophie basique de l’éducation adventiste, Entre Ríos, Argentine, 1993, p. 158-162.

11. Manuel d’Église, révision 2005, chap. 9, p. 97.


Par Gamaliel Flórez, directeur de département de l’Éducation ] de la Division intéramericaine. Publié dans la revue L’ancien, 3 trimestre 2013, page 6 à 9.

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