Le camionneur

Méditations spirituelles 09/07/2021

Mai 2021 | Dick Duerksen | Adventist World

Ken, un pasteur, écoute son interlocuteur – un très bon ami – tout en feuilletant son calendrier de rendez-vous. Ce serait sympa de passer une semaine avec lui à l’école dont il est le directeur. Mais le calendrier est déjà complet – impossible d’y ajouter une semaine entière de sermons dans un pensionnat éloigné.

« Ken, je sais que tu es occupé, mais Dieu ne cesse de me ramener à toi. Je sens qu’il veut que tu acceptes d’être notre orateur invité lors de notre Semaine de prière ce printemps. Nos jeunes ont besoin d’entendre parler de Dieu directement de ton cœur. »

Interpelé par cet appel convaincant, Ken décide de déplacer trois réunions de comité et accepte l’invitation. Même s’il sait que d’autres choses vont se présenter, il écrit le rendez-vous à l’encre et dit à son ami qu’il peut compter sur lui. Maintenant, il doit en informer sa femme et préparer 12 nouveaux sermons.

Les semaines de prière de l’académie sont ses missions les plus difficiles. C’est comme monter sur un cheval sauvage pour la première fois. Tout peut arriver. Il choisit de parler du caractère de Dieu. « Dieu vous aime, griffonne-t-il sur la première page. Tout le reste est secondaire. »

Petit à petit, les sermons s’enchaînent – la plupart reprenant des histoires bibliques en tant que moyens d’apprendre à connaître Dieu. Certaines de ces histoires parlent de filles et de femmes, d’autres, d’hommes ; de prêtres, de soldats, de juges ; de gagnants et de perdants ; de personnes réelles qui ont trébuché et sont tombées ; de bons à rien qui ont senti les bras bienveillants de Dieu les entourer ; de pécheurs qui ont entendu Dieu leur parler de pardon. Ken cite des exemples de ce que Dieu aimerait faire pour les étudiants qui, assis sur leurs sièges assignés à la chapelle, écouteront ses prédications.

Au cours de la semaine, Ken prie beau- coup – pendant les réunions du comité ; au déjeuner ; avec sa femme ; souvent.

La première réunion est la plus difficile. Être l’ami du directeur, c’est un atout – mais pas un ami trop proche s’il veut que les étudiants lui fassent confiance. Étant trop vieux pour faire du sport avec eux, Ken doit donc se fier aux conversations pendant les repas, sur le campus, dans le hall des dortoirs, et après les cours.

Il prie constamment et parle avec prudence. Les étudiants écoutent, se détendent, et répondent chaleureusement.

Jeudi soir, il lance un appel : « Chers jeunes, donnez votre cœur à Jésus, acceptez son amour, et réjouissez-vous de son pardon. » Après le service, les conversations vont bon train… et les jeunes vident une boîte entière de papiers mouchoirs.

Dans le hall du dortoir des garçons, au moment où Ken s’apprête à se retirer dans la chambre d’amis, Mike lui demande une minute de son temps. Ken sait qui est ce jeune.

Le directeur l’a déjà mis au courant. Mike est en terminale cette année. C’est un fauteur de troubles. Nous sommes sûrs qu’il a fait quelque chose de mal, mais nous n’avons jamais pu le pincer.

« Avec plaisir, Mike », répond Ken, en priant pour que Dieu libère son esprit épuisé.

« Ce soir, quand vous m’avez demandé si je voulais donner mon cœur à Dieu, je me suis senti très mal à l’aise. »

Mike se tait. Une longue pause pendant laquelle il cherche les bons mots.

« Je veux faire ça, mais avant, il y a des choses que je dois régler. Je veux dire, j’ai fait des choses qui sont vraiment mauvaises. Ça ne sera pas évident à réparer. »

Ken écoute, mais ne dit rien. Il ne cherche pas à briser la tension qui s’intensifie dans le cœur de Mike.

« Je peux vous raconter une histoire ? » demande Mike.

« Bien sûr », répond le pasteur Ken.

« J’habite dans un grand ranch. Nous avons beaucoup d’équipement lourd – des gros camions, des tracteurs, des moissonneuses, etc. Ça fait des années que Papa me les laisse conduire. Je sais conduire la plupart d’entre eux aussi bien que papa et les hommes qui travaillent pour lui. Ça me manque vraiment à l’école. »

Mike se penche en avant dans le grand fauteuil du hall, se tordant les mains comme s’il était en train d’attacher un bouvillon.

« Y a un type à quelques kilomètres du pensionnat. Cet homme a une gravière et des tonnes d’équipement lourd – d’énormes camions à benne, des niveleuses, des camions-remorques, des excavatrices, des chargeurs à godets. Vous savez, tous les camions qu’il faut pour gérer une entreprise de gravier. »

Soudain, au souvenir de cette histoire, Mike sent les larmes lui monter aux yeux.

« Eh bien, une nuit, je suis sorti du dortoir. Je me suis rendu à la gravière de ce type. J’ai franchi la clôture et j’ai démarré l’un de ses gros camions. J’ai conduit ce truc de haut en bas de la carrière et sur tous les gros tas de gravier. Sur un des plus gros tas, j’ai perdu le contrôle – pas beaucoup, vous savez, mais juste assez pour qu’avant que je puisse changer de vitesse, le tracteur glisse, perde l’équilibre, bascule sur le côté, et dérape jusqu’au sol. »

Mike regarde intensément le visage horrifié du pasteur.

« Je sais. J’étais terrifié, moi aussi. Heureusement, je n’ai pas été blessé. Je me suis glissé dehors et j’ai trouvé un tracteur muni d’un treuil. Je m’en suis servi pour remettre le premier camion sur ses roues. Ensuite, j’ai nettoyé les deux camions du mieux que j’ai pu, puis, je les ai remis à leur place. »

« Tu es ensuite retourné au dortoir ? »

« Oui. Je n’ai rien dit de cette histoire à personne. Personne ! Mais maintenant je sais que je dois aller à la gravière pour dire au propriétaire ce que j’ai fait, et que je dois payer pour les dégâts. Pour- riez-vous venir avec moi demain ?

Vendredi matin, alors que le pasteur Ken écoute Mike raconter l’histoire au propriétaire de l’entreprise, il prie en silence. L’homme devient de plus en plus en colère. Finalement, il éclate de fureur.

« T’as volé un de mes camions et tu l’as endommagé ! Maintenant tu viens ici en espérant que tout ira bien parce que, tout d’un coup, comme ça, t’es désolé ? »

Le propriétaire prend une respiration longue et bruyante. « Pourquoi est-ce que tu fais ça, hein ? »

« Ben, hier soir, j’ai décidé de donner ma vie à Jésus et je lui ai demandé d’être mon sauveur personnel. En même temps, je savais que je devais venir ici et arranger les choses avec vous, parce que ça fait partie de ma décision d’accepter Jésus. Je suis vraiment désolé, Monsieur. Je me charge de tous les frais de réparation. »

Le propriétaire s’enfonce lentement dans sa chaise, les yeux fixés sur Mike.

« T’es sérieux ? » dit-il en pesant soigneusement ses prochains mots. « Tu sais que je n’aurais jamais compris ce qui est arrivé à ce camion. Mais tu es ici pour avouer tes torts et payer les dommages. Ça alors ! Un homme honnête ! Écoute-moi bien : je t’offre un emploi de chauffeur. Dans mon équipe, j’ai drôlement besoin d’un camionneur honnête et chrétien ! »


Dick Duerksen, pasteur et conteur, habite à Portland, en Oregon, aux États-Unis.

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