La boîte à lunch

Méditations spirituelles 26/04/2021

Mars 2021 | Dixil Rodríguez | Adventist World

Il m’arrive parfois de me rappeler de moments de ma vie qui m’ont appris une leçon. Voici un événement, une histoire qui m’a appris une importante leçon que j’honore encore aujourd’hui. Les leçons les plus précieuses que l’on apprend sont souvent celles où l’on tient soi-même un rôle dans l’histoire de laquelle se dégage la leçon.

Enfant, je fréquente une école primaire adventiste à Porto Rico, dans les Caraïbes. Cette petite école n’a pas de cafétéria. Les enfants ont deux options : déjeuner chez eux ou apporter leur déjeuner à l’école. Chaque matin, ma mère prépare mon déjeuner et le dépose dans ma boîte à lunch.

Comme je suis une enfant timide, je mange seule. Bientôt, je remarque que certains enfants n’ont pas de boîte à lunch et ne rentrent pas chez eux pour déjeuner. Pendant cette période, ils jouent dehors. Au milieu de l’année scolaire, une nouvelle élève arrive. À l’heure du déjeuner, elle reste toujours seule et colorie. Un jour, je décide de m’asseoir à côté d’elle. Au milieu de la matinée, j’entends clairement un drôle de bruit : l’estomac de cette fille gargouille – elle a faim ! Embarrassée, elle se détourne et appuie sur son ventre pour faire cesser ce bruit. Je jette un coup d’œil sur ma boîte à lunch, puis tente de repérer la sienne. Elle n’en a pas. À partir de ce jour-là, je partage mon déjeuner avec elle.

Ces derniers mois, alors que j’étais témoin d’une telle misère dans mon propre quartier, j’ai souvent repensé à cette expérience. En raison de la COVID-19, j’ai vu des gens souffrir de la faim. La pandémie a privé de nombreuses personnes de nourriture. Les boîtes à lunch sont vides, et les estomacs gargouillent. Le temps et les ressources disponibles doivent être partagés. Un ami m’a informée qu’on avait grand besoin de bénévoles dans une chaîne de distribution de nourriture, pour servir une communauté affamée dans le sud de la Californie, aux États-Unis. Je me suis donc portée volontaire.

La journée commence tôt. Les bénévoles, debout derrière différentes tables, ont transformé un stationnement en banque alimentaire. Les boîtes remplies sont livrées aux véhicules qui arrivent, ou remises à des personnes prêtes à porter ces précieuses denrées sur leurs épaules. Gens et voitures se mettent à affluer dans le stationnement. Les bénévoles répètent inlassablement leurs salutations et leurs questions : « Combien de personnes habitent avec vous ? Avez-vous des enfants ? » L’info obtenue permet de déterminer quels autres articles seront ajoutés dans les boîtes de nourriture : des légumes frais, du jus, du lait, et plus encore.

Alors que nous remplissons des cartons, la bénévole à côté de moi chante. En dépit du masque qu’elle porte, on entend clairement les paroles : « Des pains et des poissons, mon Dieu… Nourris ton peuple avec des pains et des poissons, et bénis-nous… » Je ne connais pas cette chanson, mais je vois bien que d’une manière ou d’une autre, Dieu a permis que cette femme fasse une expérience dans sa vie – une expérience qui l’a aidée à se rappeler une leçon apprise : Aimez-vous les uns les autres, sachez qui prendra soin de vous à cette heure.

Des pains et des poissons… Cette boîte à lunch-là, on ne peut l’oublier. Ce repas témoigne de l’attention et de la compassion. Il faut enseigner de telles leçons aux générations futures. Les Écritures nous disent combien Jésus était sensible aux besoins de la foule ; elles soulignent sa capacité et sa volonté de procurer de la nourriture aux affamés, et d’établir un précédent en vue du service futur envers nos semblables : « Ayant levé les yeux, et voyant qu’une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : Où achèterons-nous des pains, pour que ces gens aient à manger ? Il disait cela pour l’éprouver, car il savait ce qu’il allait faire. » (Jn 6.5,6)

Jésus le savait déjà ! Il fallait qu’il nous l’enseigne. Maintenant, nous savons.

Nous devons nous entraider. C’est impératif. Pour exercer la bonté envers les autres, pour faire preuve les uns envers les autres de compassion, nous devons d’abord prendre conscience du besoin d’autrui. À une époque de faim physique et spirituelle, nous sommes appelés, en tant que chrétiens, à nous souvenir ; nous sommes appelés à participer et à partager les leçons que nous avons reçues. « Des pains et des poissons, mon Dieu… Nourris ton peuple avec des pains et des poissons que tu bénis… »


Dixil Rodríguez s’est jointe récemment à Adventist World en tant que rédactrice adjointe, après avoir servi en tant que professeur universitaire et aumônière en milieu hospitalier.

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