« Je deviens grand par ta [douceur]1 »

Méditations spirituelles 03/10/2021

Redécouvrir la puissance d’un trait de caractère essentiel

Gerald A. Klingbeil | Adventist World, octobre 2021, p. 10-12

De nos jours, on n’entend pas souvent les mots « douceur » ou, terme encore plus ancien, « mansuétude ». Ils sont rarement présents dans le discours public, où politiciens et dirigeants défendent leur territoire en projetant la force, le pouvoir, ou un leadership compétent. Les médias – y compris les médias sociaux – se nourrissent de conflits et de tensions, mais pas de douceur. Si vous prenez le temps de lire les commentaires sur Facebook ou sur les sites d’information, y compris les sites d’information des Églises, vous trouverez de nombreux exemples de manque de douceur – même parmi les membres d’une même communauté de foi.

QU’EST-CE QUE LA DOUCEUR ?

Lorsqu’on pense à la douceur, les synonymes suivants viennent à l’esprit : bonté, tendresse, clémence. La douceur est la qualité de ce qui est doux, ou l’état d’être doux. Nos cultures assimilent souvent la « douceur » à l’impuissance ou à l’incapacité de changer notre réalité de manière significative. Cependant, dans les Écritures, les nombreuses références à la douceur et au fait d’être doux nous offrent une image fort différente.

Les images valant mille mots, imaginez un instant l’image suivante, laquelle illustre bien l’idée de la douceur. Un incendie fait rage. Sur place, un pompier grand, musclé, et bien équipé, combat l’incendie. Il est revêtu d’une épaisse veste ignifugée et d’un pantalon jaune ou orange vif. Ses mains, recouvertes de gants spéciaux, sont énormes. Il a sur son dos une bouteille d’oxygène, et sur sa tête, un casque jaune vif. Il est couvert de crasse et a l’air en sueur. Faites maintenant un zoom sur l’image : ce pompier courageux tient une petite boule duveteuse dans ses mains. Il vient de sauver un chaton ! Cette photo est prête à devenir virale. Elle communique la douceur, la compassion et la sollicitude au milieu du chaos, de la douleur, et de la destruction.

La douceur, c’est la compassion devenue visible – parfois de façons petites, insignifiantes en apparence. La Bible utilise « doux » (avec un nom qui est décrit plus en détail par cet adjectif ) et « douceur » dans un certain nombre de contextes distincts. Dans les Proverbes, note Leland Ryken dans le Dictionary of Biblical Imagery, on trouve « deux images frappantes de la douceur dans son pouvoir désarmant »2. Le proverbe « [U]ne langue douce peut briser des os » (Pr 25.15) offre une perspective unique sur le pouvoir du langage – y compris pour le bien, tel qu’indiqué dans Proverbes 15.11 : « Une réponse douce calme la fureur ».

Cependant, il ne faut pas confondre la douceur et la parole douce avec la faiblesse ou l’indolence. Psaumes 18.36 fait référence à la douceur de Dieu en faveur du psalmiste – et, par extension, du peuple de Dieu. Le langage utilise l’imagerie militaire (v. 33,35,36), mais c’est la douceur de Dieu qui nous fait devenir grands, et non la puissance militaire. Le terme hébreu sous-jacent, traduit par « douceur », est associé à l’humilité, à la patience, et au fait de porter un fardeau. Nous sommes confrontés à un paradoxe évident : seules la douceur et la grâce de Dieu peuvent rendre les êtres humains grands. Seules la douce compassion et la sollicitude de Dieu peuvent atteindre et transformer nos cœurs endurcis par le péché.

LE DIEU DÉVORANT ET DOUX

Dans les nombreuses descriptions de la révélation divine, on retrouve souvent ce paradoxe. Alors que le peuple a été témoin du feu et du tonnerre au Sinaï, alors qu’il a ressenti le tremblement de terre qui secouait le sol, alors qu’il a frémi en face de la révélation de la puissance de Dieu (Ex 19.16-20), Dieu choisit le « murmure doux et léger » ou la « voix douce, subtile » (DRB) pour se révéler à un Élie déprimé et déçu (1 R 19.12). Dans les Écritures, Dieu est le guerrier (Ex 15.3 ; Es 42.13), mais aussi le berger qui prend soin de son troupeau avec douceur (Ps 23). Il est le guérisseur (Ex 15.26 ; Dt 7.15), mais aussi le juge (Ps 75.7 ; Es 66.16). En tant que Juge, Législateur et Roi, Dieu sauvera son peuple (Es 33.22).

Une attitude divine sous-jacente s’exprime dans toutes les métaphores mentionnées ci-dessus. Dieu est animé d’un amour inébranlable envers sa création (1 Jn 4.8) – et c’est par amour qu’il combat en faveur de son peuple, qu’il juge son peuple, lui donne ses principes (ou lois) vivifiants qui le bénissent et, finalement, le sauve.

On a décrit Exode 34.6,7 en tant que cœur du discours de l’Ancien Testament sur Dieu. Ce passage dépeint un moment clé de la révélation personnelle de Dieu et, alors que nous pouvons voir à la fois le côté dévorant et le côté doux du caractère de Dieu, nous, ainsi que de nombreux commentateurs avant nous, notons que sa douceur, sa compassion, sa longanimité et sa miséricorde précèdent et équilibrent sa juste justice.

VOIR LA DOUCEUR DANS LA CHAIR

La venue de Jésus sur cette planète déchue a accéléré le rythme et la cadence du plan du salut de Dieu. Le Dieu-Homme s’est décrit lui-même comme étant « doux et humble de cœur » (Mt 11.29) – prêt et disposé à être le porteur du péché et du fardeau. Le fait qu’il soit arrivé comme un bébé sans défense, qu’il soit né dans une famille pauvre, qu’il ait connu l’angoisse de vivre en tant que réfugié en Égypte, puis qu’il ait grandi dans la ville galiléenne peu sophistiquée de Nazareth ne correspondait absolument pas aux attentes messianiques populaires. Cependant, il nous a montré comment la douceur, la compassion et la tendresse peuvent entraîner une transformation spectaculaire. Jean le décrit plus tard comme « l’agneau qui a été immolé », mais qui, par son sacrifice, reçoit « la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire, et la louange » (Ap 5.12). Et Ryken de noter, à juste titre : « La douceur est une image de la puissance subversive ultime de Dieu qui sape les structures du pouvoir de ce monde »3.

Tandis que Jésus s’engage auprès de sa création, sa compassion et sa douceur se manifestent de bien des manières. Voyant les foules, il est ému de compassion. Il guérit les malades (Mt 14,14) et nourrit les affamés (Mt 15.32-39).

Il touche le corps sans vie de la fille de Jaïrus avant de la ressusciter (Mc 5.42), et dit avec douceur « Ne pleure pas ! » (Lc 7.13) à une pauvre veuve en deuil avant de rappeler son fils unique à la vie (v. 14-17).

« Le Sauveur allait de maison en maison, guérissant les malades, consolant les affligés, adressant des paroles de paix aux abattus. Il prenait les petits enfants dans ses bras et les bénissait. Il apportait l’espoir et le réconfort aux mères fatiguées. Avec une tendresse et une douceur sans défaillances, il allait au-devant de toutes les formes de souffrance et de douleur humaines 4. »

La douceur est souvent communiquée par le toucher. Nous voyons Jésus toucher de nombreuses personnes alors qu’il déverse sur l’amour de Dieu. La communication non verbale est extrêmement importante pour l’homme sourd et muet qui reçoit le doux toucher de Jésus (Mc 7.31-36). De même, un aveugle sent le toucher de Jésus – et recouvre la vue (Mc 8.22-26).

APPELÉS À VIVRE DANS LA DOUCEUR

Les références à la douceur apparaissent à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament. Paul, l’ancien persécuteur fanatique de l’Église, met la douceur sur la liste des expressions du fruit de l’Esprit qui ne vient pas naturellement aux êtres humains (Ga 5.23). La vraie douceur ne peut s’épanouir et croître que là où l’Esprit de Dieu est présent et à l’œuvre. Voici ce que Paul recommande également à l’église de Colosses : « [C]omme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience » (Col 3.12). Il souligne souvent la douceur avec laquelle il traite les églises auxquelles il s’adresse dans ses lettres (1 Co 4.21 ; 1 Th 2.7). Les attitudes énumérées dans ces textes reflètent les valeurs du royaume de Dieu que Jésus a soulignées dans son sermon sur la montagne (Mt 5-7). Nous n’associons pas ces valeurs et attitudes aux personnes puissantes et prospères que nos cultures célèbrent aujourd’hui, car elles vont à contre-courant de nos cultures.

Nous sommes, pour la plupart, d’accord avec l’affirmation selon laquelle la douceur est un élément important d’un caractère semblable à celui du Christ. Mais comment pouvons-nous apprendre à être plus doux, plus compatissants, plus aimables, et plus attentionnés ? Nous aimons l’idéal – mais nous reconnaissons que notre réalité n’est pas à la hauteur d’un tel idéal.

L’humilité est un élément essentiel de la douceur. Lorsque nous nous humilions, nous commençons à penser moins à nous-mêmes et plus aux autres. Notre valeur ne se fonde pas sur nos réalisations, ni même sur nos qualités, mais s’ancre plutôt dans l’acceptation et l’amour de Dieu pour nous. Nous reconnaissons que la grâce que nous avons reçue du doux Guérisseur se multiplie miraculeusement lorsque nous la partageons avec ceux qui nous entourent. Nous commençons à imiter les attitudes que nous pouvons observer dans la divinité.

Dieu utilise souvent les épreuves et les défis de notre propre vie pour nous rapprocher de lui, car c’est dans ces moments que nous reconnaissons son réconfort constant.

« Dieu nous chuchote à l’oreille dans nos plaisirs, nous parle dans notre conscience, mais crie dans nos souffrances. C’est son mégaphone pour réveiller un monde sourd », écrit l’auteur chrétien C. S. Lewis5. Nous pouvons nous sentir déconcertés par la douleur et les ravages infligés par l’ennemi de Dieu – et être tentés de dénoncer le Dieu que nous blâmons pour cela. Lui seul est notre délivrance, mais nous le maudissons pour avoir essayé d’attirer notre attention.

Paul offre la perspective suivante aux chrétiens de Corinthe : « Si nous sommes dans la détresse, c’est pour votre réconfort et votre salut ; si nous sommes consolés, c’est pour votre réconfort, qui produit en vous la patience dans les mêmes souffrances que nous » (2 Co 1.6). Lorsqu’on fait l’expérience du doux réconfort de Dieu, on est équipé pour réconforter les autres.

FRANCHIR LA LIGNE D’ARRIVÉE

La douceur, probablement plus que tout autre trait de caractère, témoigne d’une vie cachée avec Dieu en Christ.

Au lieu d’être un signe de faiblesse, elle témoigne avec force du fait que les disciples doux et gentils du bon Berger connaissent leur valeur. Ils ont la certitude qu’ils sont aimés et, au lieu de s’accrocher à des structures de pouvoir égoïstes, ils peuvent partager cet amour par le biais de la douceur. Bien que cela ne soit pas toujours évident, ils savent que ce ne sont pas les bruyants, les orgueilleux ou les impitoyables, mais les doux qui « hériteront la terre » (Mt 5.5).


1 Note de la traductrice : Les différentes versions bibliques en français rendent le terme « gentleness » par bonté. Comme de nombreux autres versets bibliques cités dans cet article rendent « gentleness » par douceur, c’est ce terme qui est utilisé ici pour Psaumes 18.36.

2 Leland Ryken et al., Dictionary of Biblical Imagery, Downers Grove, IL, InterVarsity Press, 2000, p. 325.

3 Ibid.

4 Ellen G. White, Conquérants pacifiques, p. 323.

5 C. S. Lewis, The Problem of Pain, New York, HarperCollins, 1996, p. 91.


Gerald A. Klingbeil est rédacteur adjoint de Adventist World.

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