Dix chameaux et trois anges

Méditations spirituelles 10/10/2021

Justin Kim | Adventist World, octobre 2021, p. 22-23

J’irai » est une réponse que l’on retrouve dans toutes les Écritures – depuis les pèlerins dans les Psaumes jusqu’à Dieu lui-même. Bien que le terme hébreu soit courant, sa traduction « J’irai » ne se trouve que dans quelques passages. Penchons-nous sur Genèse 24, un passage digne d’intérêt.

Le verset 1 nous en donne le contexte : « Abraham était vieux, avancé en âge ; et l’Éternel avait béni Abraham en toute chose. » Le grand patriarche sent que sa vie touche à sa fin. Ressentant un lourd fardeau pour son fils Isaac qui n’est pas encore marié, Abraham appelle son serviteur et lui fait jurer de ne pas choisir une Cananéenne pour son fils. Connaissant bien la population locale, Abraham veut qu’Isaac ait une femme qui soit réceptive à l’alliance de Dieu et à ses promesses. Il sait combien il est important d’avoir une épouse sage et pieuse.

À LA RECHERCHE D’UNE ÉPOUSE

Dans le désert, personne ne va puiser de l’eau au puits à midi. On y va de préférence tôt le matin ou en soirée. À cette époque, le puisage de l’eau fait partie des tâches domestiques des femmes. Par conséquent, les puits sont un lieu de choix pour trouver une épouse pour le fils du maître.

Le serviteur d’Abraham arrive vers la fin de la journée. Il prie alors Dieu de couronner sa mission de succès (v. 12-14). Le tout prochain verset dit : « Il n’avait pas encore fini de parler » (v. 15). Il y a des tas de circonstances et de problèmes que nous ne savons tout simplement pas résoudre. Mais alors que nous n’avons pas encore dit « Amen », Dieu est déjà en train d’orchestrer une solution à ces problèmes. Ce passage nous offre l’assurance que Dieu nous entend avant même que nous ayons terminé nos prières.

Le même verset mentionne une cruche sur l’épaule de Rebecca. Tandis que certains pourraient imaginer une cruche délicate en porcelaine, il existe des preuves archéologiques des grandes cruches en argile utilisées pour transporter de l’eau. À une époque où la plomberie n’existait pas, la seule eau courante pour faire la lessive, la cuisine, et pour la consommation, c’était celle que les femmes rapportaient du puits. L’épaule de Rébecca, loin d’être mince et délicate, devait être drôlement musclée pour porter de telles cruches ! Deuxièmement, les puits n’étaient pas de jolis trous munis d’un couvercle, mais plutôt des sources souterraines dans des grottes et des cavernes. Le verset 16 met en parallèle la beauté et la pureté de la jeune femme avec sa capacité à entrer dans une caverne en portant une cruche d’eau en argile.

DIX CHAMEAUX

Bien que cela ne lui ait pas été demandé, Rebecca va au-delà de la demande du serviteur d’Abraham : elle lui propose de donner de l’eau à ses dix chameaux, autant qu’ils en voudront (v. 19). Si ces bêtes du désert ne remportent pas de concours de beauté, en revanche, elles sont des créatures merveilleusement conçues par Dieu. Elles peuvent fermer leurs narines aux tempêtes de sable. Leurs longs cils empêchent la poussière d’entrer dans leurs yeux. Leur bouche a des protubérances durcies appelées papilles, lesquelles leur permettent de se nourrir de cactus. Les chameaux ont souvent mauvais caractère et l’habitude de cracher de la salive mousseuse ; par contre, ils supportent les conditions hostiles du désert.

Les chameaux peuvent boire 200 litres d’eau en trois minutes, quand ils n’ont pas soif. Ceci veut dire que Rebecca fait l’aller-retour de la source à l’abreuvoir à maintes reprises, transportant 2 000 litres d’eau au minimum, et évitant la salive des dix chameaux acariâtres – tout ça avec une certaine grâce !

Mais sait-elle qui est cet homme ? S’est-elle réveillée ce matin-là en se disant : « Aujourd’hui, c’est le jour où tout va changer ; aujourd’hui, je vais prendre une décision qui va me faire sortir de ma routine ordinaire » ? Son innocence et son service sont des expressions de son caractère.

IRONS-NOUS ?

Auriez-vous donné de l’eau à un parfait inconnu et à ses dix chameaux ? La partie puissante de ce passage, c’est qu’il était inné pour Rebecca d’être gentille au-delà des conventions, de se mêler aux étrangers, de désirer étancher leur soif, de manifester une sympathie affectueuse envers leurs besoins, de s’occuper de leurs chameaux, et de gagner leur confiance. « Le succès en cette vie, écrit Ellen White, nous permet l’entrée dans la vie éternelle, il dépend de l’attention minutieuse accordée aux moindres choses*. »

Se pourrait-il que nous soyons occupés – même avec la pandémie – au point de perdre la clarté du moment dans les petites choses ? Au point de ne pas reconnaître l’importance spirituelle des petites choses ? Au point de nous inquiéter et de nous concentrer sur les répercussions et les circonstances ? Mais lorsqu’il s’agit du mouvement de Dieu des derniers jours, mouvement appelé à prêcher le message des trois anges, ceux qui le composent ont besoin d’une clarté accrue, d’une sobriété sensible, et d’une fidélité dans les petites choses pour des gens apparemment sans importance, ainsi que pour leurs dix chameaux.

TEL FRÈRE, MAIS PAS TELLE SŒUR

Comparez maintenant Rebecca à son frère Laban (v. 30). Ce que Laban voit, c’est une bague et des bracelets coûteux. Contrairement à sa sœur, il discerne d’abord la récompense, et manifeste ensuite de la bonté à l’étranger. Laban se surpasse, lui aussi, dans son service – un service qui a pour mobile la réalisation d’un certain profit : « Viens, béni de l’Éternel ! Pourquoi resterais-tu dehors ? J’ai préparé la maison, et une place pour les chameaux. […] Laban fit décharger les chameaux, et il donna de la paille et du fourrage aux chameaux, et de l’eau pour laver les pieds de l’homme […] » (v. 31,32).

Ce n’est que plus tard que le caractère de Laban se révélera pleinement dans ses rapports avec Jacob et la dot de quatorze ans. Pour l’heure, Laban tente de retarder le retour du serviteur (v. 54-57). Le dialogue se termine par Rebecca à qui l’on donne de choisir son avenir :

« Veux-tu aller avec cet homme ? » (v. 58)

TROIS ANGES

En un moment unique et ponctuel, l’histoire du salut peut virer à gauche ou à droite. Rebecca reconnaît ce moment et répond : « J’irai. » Elle choisit – non par gain égoïste ou par calcul matériel – de participer à l’alliance abrahamique, d’être une bénédiction pour toutes les familles du monde, et de faire partie d’une lignée de géniteurs messianiques. Sa famille la bénit en disant : « Ô notre sœur, puisses-tu devenir des milliers de myriades » (v. 60). Et Rebecca fait effectivement partie du plan du salut pour des myriades.

Nous devons dire « J’irai » non seulement au moment de grandes décisions prises dans des conseils, des comités, et des délibérations, mais aussi dans des moments apparemment aléatoires avec des inconnus, et faire partie du plan de salut de Dieu, proclamer le message des trois anges, et annoncer au monde le retour de Jésus.

Aujourd’hui, Dieu appelle les Rebecca de ce monde – ceux qui sont prêts à donner un peu d’eau à des étrangers et à leurs dix chameaux. Sa gloire, ou son caractère christique, est révélée par les petites choses. Alors que Dieu lui-même cherche de nouveau un peuple (ou une épouse) pour son Fils, demandons-lui de nous accorder la grâce d’être fidèles – non seulement dans les grandes choses, dans notre caractère, dans nos communautés et nos familles, mais aussi dans les choses petites en apparence.


* Ellen G. White, Patriarches et prophètes, p. 562.


Justin Kim est directeur adjoint de l’École du sabbat et des Ministères personnels, ainsi que rédacteur en chef du Guide d’étude biblique pour jeunes adultes InVerse à la Conférence générale, à Silver Spring, au Maryland (États-Unis).

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