Des rencontres qui transforment la vie (Semaine de prière, jeudi)

Réflexions spirituelles

Novembre 2020 | KLAUS POPA | Adventist World, Semaine de prière 2020

Qui es-tu, mon fils ? » (Gn 27.18)

Jacob a-t-il prévu qu’Isaac, son père, lui poserait une telle question ? Peut-être qu’il espère – et prie même pour – que cette rencontre soit avare de paroles, que son père savoure en silence le mets servi, et qu’il le bénira. Il ne lui restera alors qu’à sortir de la tente – un plan simple, sans complications. Mais voilà, confronté à la question d’Isaac, il lui faut bien répondre !

S’il dit « Je suis Jacob, ton fils », il sera honnête, mais en même temps, Isaac découvrira le pot aux roses. Qu’arrivera-t-il alors à la bénédiction souhaitée ? Tournera-t-elle en malédiction ? Coincé, Jacob décide de mentir : « Je suis Ésaü, ton fils aîné » (v. 19). Il prétend être son frère pour recevoir la bénédiction. Pas vraiment convaincu, Isaac y va de nouvelles tentatives pour découvrir l’identité de celui qui le sert. Finalement, Jacob réussit à passer pour Ésaü et Isaac le bénit.

ÊTRE AUTHENTIQUE

Il y a quelques années, j’ai discuté de l’utilisation des médias dans l’évangélisation avec un dirigeant de l’Église – lequel avait travaillé une vingtaine d’années dans le ministère des médias. Au milieu de notre conversation, il m’a dit : « Dans l’évangélisation publique, nous, les adventistes, avons toujours été des pionniers dans l’utilisation des médias les plus modernes. Dans les années 1990, nous nous sommes tournés vers l’évangélisation par satellite pour partager le message des trois anges avec un public plus large encore. Quelques années plus tard, nous avons lancé nos propres chaînes de télévision. Bientôt, nous exploiterons le plus grand réseau de télévision chrétienne au monde !

« Ainsi, en utilisant différents types de médias, nous avons atteint – et continuons d’atteindre – des millions de personnes dans le monde entier avec la bonne nouvelle d’un Dieu d’amour. Quelle immense bénédiction ! » Après une pause, il a repris : « Tu sais, je me demande parfois si nous avons tendance à diffuser un “monde de la foi” magnifique, parfait, un monde qui ne correspond en rien à ce que nous sommes dans la vie de tous les jours. » Après une seconde pause, il a ajouté : « Sur quoi nous concentrons-nous principalement ? Sur l’étalage de ce que nous devons croire, et sur la façon dont nous devons exercer notre foi ? Se pourrait-il que ce faisant, nous préférions passer à côté de nos défauts, de nos besoins, et de nos échecs ? Nous avons du mal à admettre à nous-mêmes et aux autres que nous ne sommes pas aussi bons que nous le souhaiterions, et que nous ne sommes pas animés de la “foi idéale” comme nos émissions l’exigent. »

De telles questions réclament une réponse personnelle. Personne ne peut répondre pour quelqu’un d’autre. Cependant, beaucoup parmi nous sont confrontés à une dynamique similaire dans le partage de leur foi. En tant que communauté de foi, nous voulons amener le plus grand nombre de personnes possible à connaître Dieu. Avec cet objectif en tête, il est tentant de nous concentrer sur la démonstration de l’idéal et non de la réalité. Pourquoi ?

Premièrement, parce que chacun souhaite atteindre et vivre l’idéal. Deuxièmement, parce que la communication de cet idéal semble avoir un plus grand impact (1). Les histoires d’échecs et de ratés ne sont pas aussi convaincantes que les histoires de réussites, n’est-ce pas ? Troisième- ment, parce que le partage de la foi comprend l’enseignement de la loi de Dieu, des vérités universelles, ainsi que des principes indépendants de la culture, de l’époque, et des autres êtres humains (2). Quatrièmement, parce que tout ça concerne Dieu – sa bonté, sa miséricorde, son plan de salut pour l’humanité – et pas nous. Enfin, parce que nous ne voulons pas que les gens perdent leur confiance en Dieu et abandonnent la foi à cause de nos imperfections. Ce sont là des raisons aussi bonnes que compréhensibles de diffuser une foi idéale et une vie parfaite.

En même temps, notre inquiétude, voire notre crainte, que les gens puissent se détourner de Dieu lorsqu’ils voient nos imperfections peut nous amener à cacher les côtés moins reluisants de nous-mêmes, bref, à nous montrer meilleurs que nous ne le sommes vraiment… Nous pouvons devenir plus soucieux d’être vus sous un jour positif que de savoir quel genre de personnes nous sommes réellement. Le partage de la foi devient davantage une question d’apparence que d’état et de caractère, davantage une question de perception que de partage honnête et de vraies rencontres. L’évangélisation par les médias nous permet de transformer l’expérience religieuse en un idéal de perfection encore plus facile à projeter que lors de rencontres personnelles, car les médias (télévision, radio, médias sociaux, etc.) s’interposent entre les gens. Nous pouvons maintenir une certaine distance entre une expérience spirituelle qui paraît attrayante sous les feux de la rampe et l’expérience authen- tique de la foi manifestée en plein jour.

L’HEURE DE VÉRITÉ

Il semble qu’en tant que communauté de foi, notre crainte du rejet soit au centre de tout ça – tant individuelle- ment que collectivement. Par conséquent, se focaliser sur la perfection de Dieu, sur la loi et les vérités universelles de Dieu, ainsi que sur les croyances et les principes peut constituer une distraction commode ou même une excuse pour ne pas affronter, accepter et partager nos propres imperfections. Le but du partage de la foi, cependant, n’est pas de convaincre les autres que le messager est bon et digne, mais plutôt que Dieu est bon, bienveillant, et miséricordieux. En lui nous trouvons acceptation, pardon, et vie.

Alors que Jacob chemine vers l’orient, Dieu se révèle à lui comme Sauveur et le bénit – pas à cause de ce que Jacob est, mais en dépit de ce qu’il est. Jacob désire la bénédiction mais ne la mérite pas ; il la reçoit à cause de qui Dieu est (Gn 28.10-12).  Ces considérations ne concernent pas seulement les professionnels du ministère des médias. Dans l’« univers des médias sociaux », au cœur d’un bombardement constant de paroles, images et clips, des milliards de personnes dans le monde entier se retrouvent tiraillées entre leur moi authentique et leur moi médiatisé. Nous vivons dans les terres sacrosaintes du selfie soigneusement construit, bien agencé et bien décoré. Pourtant, la question fondamentale « Qui suis-je » est pour beaucoup d’entre nous une question existentielle urgente – une question à laquelle nous devons répondre. La somme de ce que nous partageons avec le monde entier sur les différentes plateformes de médias sociaux reflète-t-elle en fin de compte un moi faux, irréel, peaufiné, et exagéré ? Ou bien permettons-nous aux gens d’avoir une vision plus précise et plus réaliste des personnes que nous sommes ?

Vingt ans plus tard, Jacob décide de rentrer chez lui. Dévoré par la crainte et l’angoisse, il se prépare à rencontrer son frère Ésaü. Au cours de la nuit, un corps à corps inattendu s’engage entre lui et un individu qui n’est pas un être humain. Au plus fort de la lutte, Jacob s’écrie : « Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni. » Tant d’années se sont écoulées, et cependant, il n’a toujours pas l’assurance de cette bénédiction !

« Quel est ton nom ?, » répond l’étranger. Jacob est surpris, pour ne pas dire bouleversé, d’être confronté par son adversaire à la question même que son père lui avait posée 20 ans auparavant… « Qui es-tu ? » Jacob se fera-t-il de nouveau passer pour un autre afin de recevoir la bénédiction ? Ou sera-t-il honnête cette fois, peu importe les conséquences ?

« Jacob », répond-il. Il a finalement le courage d’être lui-même – Jacob, celui qui agrippe le talon, celui qui triche.

La foi est toujours personnelle, relationnelle, et exprimée dans notre vie. La foi englobe tout notre être. Le partage de la foi et de la vie d’une manière globale implique le partage du bon et du mauvais, de nos succès et de nos échecs, de nos luttes et de nos défis, de notre amour et de notre contrition. La Bible ne craint pas la vulnérabilité. Les auteurs des Écritures ont partagé ouvertement et de manière transparente « toute » l’histoire, et pas seulement les épisodes reluisants.

Lors de cette rencontre inattendue avec Dieu, Jacob dut se confronter à lui-même. Il décida d’admettre qui il était. Oserons-nous emprunter ce chemin, nous rendre vulnérables pour que les autres puissent nous voir ? L’amour, la bonté et la grâce de Dieu ont créé un espace sûr et rédempteur pour Jacob. Dieu est fidèle. Cet espace, il nous l’offre aussi.


Questions pour la réflexion

  1. Pourquoi est-il aussi difficile d’être authentique et de montrer qui nous sommes vraiment ?
  2. Quelle est la relation entre la consommation de médias et la présentation des médias ?
  3. Comment pouvons-nous aider la prochaine génération d’adventistes à entretenir une relation saine avec les médias ?

1 Les experts en marketing et en publicité prouvent chaque jour que des sourires parfaits, des corps parfaits, des plages parfaites et des couchers de soleil parfaits font tout vendre : dentifrices, boissons gazeuses, voitures, et bien plus encore !

2 L’apôtre Paul a déclaré : « La loi donc est sainte, et le commandement est saint, juste et bon. » (Rm 7.12)


Klaus Popa est directeur général de Stimme der Hoffnung – le Centre européen des médias de l’Église adventiste. Il habite à Alsbach- Hähnlein, en Allemagne.

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