COMMENT DÉTECTER UNE THÉORIE DU COMPLOT ?

Réflexions spirituelles

Auteur : Jean-Luc Chandler – Directeur des communications à la Fédération des églises adventistes de la Martinique

Depuis l’apparition du COVID-19, les théories du complot pullulent. Comment les reconnaître et demeurer dans la saine doctrine ?

Depuis l’apparition du Covid-19, les théories du complot se multiplient sur les réseaux sociaux, non seulement sur l’origine et la nature réelle de la pandémie mais aussi sur sa résultante religieuse et prophétique. Le Covid-19 a alimenté plus de 2300 rumeurs et théories du complot, entraînant l’hospitalisation et la mort de milliers de personnes. Dans cette « infodémie » de désinformation, la pandémie a été présentée comme une arme biologique de création humaine à des fins malfaisantes et inavouables. Un des mythes les plus populaires affirme que le Covid-19 se propage par les ondes radios ou les réseaux mobiles comme la 5G, ce qui est faux puisque la pandémie se répand aussi dans les pays qui n’ont pas la 5G.

Sans aucune évidence scientifique, 19% des rumeurs proposent les traitements les plus délirants contre le Covid-19 tels que boire de l’eau de javel, de l’alcool très concentré ou de l’urine de vache, manger de l’ail, inhaler ou se laver la peau avec des produits désinfectants, consommer des suppléments (vitamine C, zinc, thé vert ou échinéa), ou à l’inverse s’abstenir d’ingurgiter des épices. Plus de 800 personnes sont mortes et 60 sont devenues aveugles à la suite d’un empoisonnement au méthanol, un alcool illégal prétendûment capable de tuer le coronavirus.(1)

Une tentative d’explication à la confusion

Nous vivons une situation sans précécente dans l’histoire de l’humanité. C’est la première pandémie qui produit le grand confinement, une crise sanitaire et économique véritablement planétaire. À une période de chaos, d’imprévisibilité et d’incertitude, la popularité des théories du complot s’explique par la diffusion d’explications simples à une réalité complexe. Elles tentent de donner un sens à la confusion générale. Jérôme Javin identifie trois catégories de personnes dans une théorie du complot : une minorité malveillante (les conspirateurs, réels ou non), la majorité de la population qui ne sait rien du complot ourdi contre elle, et le petit groupe qui dénonce ce complot (les complotistes). (2)

Un comploteur fomente une vraie conspiration mais un complotiste l’imagine uniquement dans des articles et des vidéos aux titres souvent accrocheurs : Vous ferez une découverte « importante », Vous entendrez toute la vérité. La musique et les images sont dramatiques. Habituellement, une théorie du complot présente six affirmations :

Affirmation n° 1 : on vous cache la vérité

La théorie du complot est à l’origine une suspicion, une méfiance vis-à-vis d’individus ou d’institutions qui détiennent un certain pouvoir, une élite très puissante, dénoncée comme l’incarnation du mal. Selon les complotistes, la vérité officielle fournie par le gouvernement, la police, la justice, la science, les médias, les multinationales, les Nations Unies, voire les organisations religieuses, est fausse. Il existe une vérité cachée néfaste pour l’humanité. Par exemple, les complotistes affirment sans évidences sérieuses que l’Organisation Mondiale de la Santé, Bill Gates ou Dr. Anthony Fauci planifient l’inoculation d’un vaccin qui empoisonnera le monde entier, d’autant plus que ce n’est pas l’arme curative absolue.

Affirmation n° 2 : on vous manipule

Une théorie du complot tente d’expliquer les causes ultimes d’un événement mageur en présupposant qu’il est « causé par le plan secret de quelques individus qui cherchent à tirer un bénéfice au dépend du public », observe le psychologue Roland Imhoff, un chercheur sur les théories du complot. (3)

Selon les complotistes, un groupe obscur tire dans l’ombre les ficelles pour diriger le monde (cela peut être les services secrets, les juifs, les Illuminati, les Reptiliens, les extraterrestres, etc.). Ces « boucs émissaires » sont à l’origine de tous les maux de l’humanité. On est parfois dans le domaine de l’invérifiable. Comment peut-on obtenir des preuves en enquêtant chez les extraterrestres ou les illuminati ? « Dans le complotisme il y a la volonté d’expliquer la marche du monde, de révéler à la majorité ignorante l’urgence du danger qui se trame contre elle et de s’exposer en tant que prophète victime des puissants et/ou des conspirateurs que l’on dénonce. ». (4)

Sans la moindre preuve, des complotistes ont accusé dans le passé des entités comme le gouvernement américain ou l’industrie pétrolière d’avoir manigancé l’attentat du World Trade Center du 11 septembre 2001 afin de booster les intérêts du complexe militaro-industriel ou pétrolier. On a avancé l’idée que la capsule spatiale Apollo 11 ne s’est jamais posée sur la Lune, mais dans un désert de l’ouest américain lors d’une production télévisée orchestrée par la NASA. Il est facile de réfuter ces allégations, mais on peine à comprendre les vraies motivations des complotistes. Pourquoi nier ces événements bien documentés et observés par de nombreux témoins ?

Affirmation n° 3 : on trompe le monde entier

Les complotistes font des rapprochements entre toutes sortes d’informations et d’événements disparates, les présentant comme des évidences d’une seule grande conspiration mondiale. Quand la vie quotidienne s’éloigne de la normalité, que l’angoisse et un sentiment d’impuissance les envahissent, les gens cherchent une explication qui englobe toutes choses dans un seul méta-récit – une seule histoire globale centrée sur un seul méchant. « Dans un monde soumis à un flux toujours croissant d’informations complexes, soumis à l’incertitude, l’univers du complotiste a le mérite d’être simple », concède Claudie Bert. (5)

Les complots existent bien-sûr (assasinat politique, scandale, dissimulation, attentat terroriste, etc.), mais ils intéressent peu les complotistes. Ils diffèrent totalement des théories du complot qui n’ont pas grand-chose à voir avec la réalité. À la différence d’une théorie du complot qui vise le monde entier, les vraies conspirations sont multiples, rarement liées entre elles, et limitées dans le temps, l’espace et le nombre de personnes. On ne peut les réduire à un seul dénominateur commun.

Un complot contre un individu est très différent d’un complot contre une population, voire toute l’humanité. Plus il vise un grand nombre de personnes, plus il est difficile à exécuter et à demeurer secret. Une conspiration se déroule rarement comme prévue. Toutes sortes d’éléments inconnus et d’événements imprévus peuvent la faire capoter. Il est impossible d’en avoir totalement le contrôle, d’empêcher les fuites, les trahisons, les erreurs et les actions contraires d’organisations concurrentes.

Affirmation n° 4 : tout s’explique

Les complotistes ne retiennent que les éléments d’information qui confirment leurs idées. Les autres éléments n’existent pas ou sont de fausses preuves fabriquées par les comploteurs, la presse ou le gouvernement. Il n’y a jamais de hasard, ni de coïencidences. Tout s’explique dans le sens souhaité.

Un détail devient souvent la preuve absolue d’un complot. Par exemple, la carte d’identité du terroriste Saïd Kouachi retrouvée dans le véhicule abandonné après l’attentat de Charlie Hebdo a été présentée comme la preuve d’une mise en scène « trop grosse pour être vraie ». Plus vraisemblablement, ce fut simplement un oubli dans la précipitation de la fuite.

« Dans une théorie du complot, il n’y a pas de coïncidences, mais tout se mélange d’une certaine manière à tout le reste », indique Imhoff. Par exemple, « Jens Spahn a suivi une formation financée par une banque où travaille le grand cousin de l’oncle d’une femme qui travaillait pour Bill Gates ». Logique ? Pas forcément !

Les théories du complot les plus efficaces sont des hybrides de vraies et de fausses évidences, un mélange de vérité et de spéculation, et de « discours assez flous pour qu’il soit le plus difficile possible d’argumenter contre eux » (6).  Même quand l’erreur est démasquée, ces théories changent de formes ou apportent de nouvelles « évidences » pour se maintenir en vie. Les plus sophistiquées multiplient les faux comptes et les programmes informatiques automatiques qui continuent journellement à alimenter le public en nouvelles révélations.

Les contradictions ne dérangent pas les complotistes. « Les mêmes qui croient que Diana a été tuée par les services secrets britanniques peuvent aussi penser qu’elle vit sur une île déserte pour échapper à l’agitation quotidienne », remarque le psychologue. En lui-même, le récit n’est pas important (ni ce qui est arrivé à Diana), mais la croyance que ceux qui ont le pouvoir nous mentent.

Affirmation n° 5 : les preuves ont été effacées

Les complotistes ne fournissent pas les preuves réelles d’un complot. Face à cette absence de source fiable, ils ont une réponse toute trouvée : « S’il n’y a pas de preuve, c’est normal. Elles ont été effacées ou cachées par ceux qui nous manipulent ! » Mais comment le savent-ils ? Au contraire, les complotistes demandent des preuves que le complot n’existe pas. Mais comment démontrer la non-existence de ce qui n’existe pas ?

Ceux qui s’intéressent aux complots, à savoir les journalistes, les historiens, les procureurs ou les juges, considèrent la conspiration comme une hypothèse de travail. Ils vérifient les sources et recherchent les preuves. Si les évidences contredisent l’hypothèse, ils abandonnent la piste d’une conspiration.

Affirmation n° 6 : notre analyse est la meilleure

Les complotistes détournent souvent les faits en leur donnant n’importe quel sens. Par exemple, presque n’importe quoi pourrait signifier 666 : les six buts d’Antoine Griezmann à l’Euro 2016, Macron (son nom a six lettres), l’empereur Néron, l’étoile de David, le nombre atomique du carbone, le chiffre de la chance en Chine, le code barre international, la somme des nombres de la roulette au casino ou la déesse Vénus (son symbole mythologique est le chiffre 6). Avec une méthodologie aussi peu rigoureuse, quelle est la crédibilité d’une théorie du complot ?

Qui sont les complotistes ?

On peut se poser la question : d’où vient une théorie du complot ? Qui a intérêt à la propogager ? Quelle est la psychologie des complotistes ? Le premier réflexe du vrai chercheur est de vérifier la source de l’information. C’est indispensable ! Pour connaître la véracité d’une nouvelle, il faut se poser ces questions : qui a dit quoi, quand, où et pourquoi ? Est-ce une source autorisée, comme une agence de presse ou un journal scientifique ? Y-a-t-il un intérêt politique, philosophique ou financier à propager cette fausse rumeur ? Est-ce une personne sur YouTube ou les réseaux sociaux, même affublé d’un titre ?

Les théories du complot ont peu à voir avec l’esprit critique ou une véritable enquète d’investigation, même si les complotistes aiment prétendre le contraire. Leur vraie fonction est de satisfaire nos besoins de sécurité, de normalité, de contrôle de notre vie, et de sens à ce qui nous arrive. « Les théories du complot permettent peut-être aux gens de se sentir spéciaux et de booster leur estime de soi, parce qu’ils détiennent des informations rares et importantes que d’autres n’ont pas. » (7)

Les complotistes sont souvent anonymes ou inconnus des médias réputés pour la rigueur et le sérieux de leurs recherches. Si l’information ne circule que sur les réseaux sociaux, méfiez-vous ! Une théorie du complot à de quoi glonfler l’ego de son auteur. Il se glorifie de ne pas croire tout ce qu’on dit. Considérant que le public est victime d’un lavage du cerveau, il s’estime être le seul à connaître la vérité. Tel un prophète, il se présente comme une victime des médias et des institutions qui le censurent et veulent l’empêcher de dire la vérité. Il peut devenir une star sur la toile, partageant avec les masses naïves une information qu’il semble être le seul à connaître. Mais l’exclusivité d’un savoir ne garantit pas sa véracité.

Les complotistes utilisent principalement les réseaux sociaux pour susciter une atmosphère de suspicion et véhiculer leurs révélations déstabilisantes. « Beaucoup d’amis m’envoient des théories du complot en privé. Pourquoi ? Ont-ils peur que quelqu’un les jugent s’ils le postent sur leur page Facebook ? Veulent-ils que je leur dise que j’y crois ? », constate un internaute troublé. (8)

Certaines personnes se trouvent dans un étrange dilemme. L’information correcte est mélangée à la fausse information, le fait à la fiction. Elles ne savent plus qui sont les experts, et ne font pas confiance aux institutions. Le monde est plus incertain que jamais. Les théories du complot causent de la peur, un stress élevé, de la détresse et des idées radicales. Tôt ou tard, la vérité éclate, mais on s’est fourvoyé en pure perte. Les institutions ne sont pas parfaites, mais sans preuves solides du contraire, il n’est pas sage de mettre en doute les faits de l’actualité, ni de s’opposer à leurs directives. (9)

L’étude historique, scientifique, théologique ou prophétique nécessite de la rigueur et une méthodologie qui n’est jamais respectée dans l’élaboration des théories du complot qui dans les faits relèvent de la pure croyance.

La popularité du complotisme

En 2002, le complotiste Thierry Meyssan publie un ouvrage dans lequel il prétend qu’un missile balistique tiré par le gouvernement américain a traversé un mur du Pentagone le 11 septembre 2001. Son argument principal, parmi de nombreux autres bizarres, est le suivant : sur la photo de la facade du Pentagone, on voit un trou trop petit pour qu’un avion s’y engouffre, et il n’y a aucune carcasse sur la pelouse.

La même année, deux journalistes, Jean Guisnel et Guillaume Dasquié, publient un ouvrage qui réfute point par point les allégations de Meyssan. Ils expliquent qu’au lieu de tomber, un avion a percuté de plein fouet le mur du Pentagone et a poursuivi sa course sur une certaine distance. Dans cette situation, les ailes se sont rompues et se sont plaquées contre la paroi en pénétrant avec la carcasse. C’est pourquoi le trou fut relativement petit.

Meyssan cite seulement deux témoins qui disent avoir vu l’avion, mais c’est pour déclarer qu’étant au service du gouvernement, ils ne disent pas la vérité. Sur des centaines de témoins, les journalistes ont retrouvé 18 personnes (aucune employée par le gouvernement) qu’ils disent avoir vu un avion. Pas un seul témoin n’a vu un missile. Néanmoins, le livre complotiste de Meyssan connut un succès planétaire. Peu de lecteurs s’intéressèrent à l’investigation sérieuse des deux journalistes.

« Le charme de la théorie du complot se trouve dans sa force d’explication « simple » et « claire » pour des affaires inexplicables et des événements compliqués. La pensée conspirationniste offre aux hommes une forme de confort dans un monde incertain et insensé », concluent les sociologues Park Jung Ho et Sung Chan Jin. Mais déplorent-ils, au lieu d’expliquer un événement ou une situation dans son contexte historique ou scientifique, le complotisme produit une vision du monde hallucinante, à savoir des récits imaginaires, non pour refuser la réalité, mais pour inclure volontairement l’irréel, c’est-à-dire « la vérité déformée » ou « le réel fantastique ». Les complotistes abordent le « réel qu’à partir d’une perspective qui relève de leur imaginaire ». (10)

Le grand comploteur

En résumé, les théories du complot prétendent trois choses : 1) présenter une analyse que les institutions et les médias ne peuvent fournir, 2) dénoncer les forces du mal qui s’opposent aux forces du bien, et 3) partager une information spéciale qui est inconnue ou méprisée des autres. Le méta-récit complotiste fait penser au méta-récit biblique du grand conflit. Selon la Bible, les choses ne sont pas comme elles paraissent. Il existe des forces obscures qui agissent en secret contre l’humanité, mais la similarité s’arrête là avec le complotisme : ces forces ne sont pas humaines, mais surnaturelles. « Nous n’avons pas à lutter contre des êtres de chair et de sang, mais contre les puissances, contre les autorités, contre les pouvoirs de ce monde des ténèbres, et contre les esprits du mal dans le monde céleste. » (11)

Le grand comploteur est un dissimulateur invétéré et le père du mensonge. Il agit toujours en secret pour séduire et tromper. Il est l’auteur du mal sous toutes ses formes, de sa cause spirituelle (la séparation d’avec Dieu) à ses conséquences (le mal naturel, corporel, social et moral). Il cache soigneusement son existence et son activité. À leur insu, il manipule les puissances terrestres. Sans le savoir, elles servent ses projets.

Pour renverser le gouvernement de Dieu, le complot ultra secret de Lucifer est de dénaturer le caractère de Dieu, de le présenter comme un despote cruel, sans pitié envers ses créatures. Il lutte avec acharnement contre la vérté. Au ciel, il distilla secrètement cette rumeur, tout se mêlant, sous des airs de profonde révérence, aux cohortes angéliques dans l’adoration fervente du souverain de l’univers.

Confiné à la planète Terre après son expulsion du ciel, Lucifer dissimula sa présence sous l’apparence insoupçonnée d’un superbe animal. À Adam et Ève, il insinua que Dieu était un tyran qui voulait les priver de « pouvoirs fabuleux » comme la connaissance du bien et du mal. Pour obtenir la domination mondiale, il propagera sournoisement au temps de la fin ce même type de médisance. Selon Apocalypse 16, durant le temps de détresse, les êtres humains attribueront à Dieu la cause de tous leurs malheurs. Sous l’apparence de Jésus-Christ, Satan recherchera l’adoration.

La théorie de la puce

Le monde religieux n’est pas épargné par la déferlante complotiste. Par exemple, les théories du complot sur la puce électronique sont très populaires dans certains milieux chrétiens (catholiques et protestants). Les complotistes ne manquent pas d’imagination. Selon certains, la puce est la « marque de la bête » qu’on introduira sous la peau, dans les masques, le vaccin contre le Covid-19 ou les Smartphones.

Les adventistes du septième jour sont des biblistes, pas des complotistes. Ils fondent leur foi sur la Parole de Dieu, non sur des informations extérieures. Ils examinent les prophéties uniquement à la lumière des Écritures. Le sceau de Dieu et la marque de la bête ne sont pas des signes visibles ou matériels, mais des empreintes spirituelles. Autrefois, on imprimait une marque sur le corps d’un esclave pour identifier le nom du maître à qui il appartenait. « C’est encore Dieu qui nous a marqués de son sceau, comme sa propriété » (12). Celui qui porte le sceau de Dieu lui appartient. « Être scellé indique que Dieu vous a choisi. Vous êtes sa propriété ». (13) Inversement, la marque de la bête est le signe d’appartenance à l’adversaire de Dieu.

Pour d’autres raisons, la puce électronique ne correspond pas au message de l’Apocalypse. Premièrement, dans une vision un prophète voit toujours des objets familiers aux lecteurs de son époque. Or, la puce n’existait pas au Ier siècle. Deuxièmement, l’enjeu suprême au temps de la fin est d’adorer Christ ou le faux Christ sans le savoir. Le message des trois anges porte entièrement sur l’adoration. Les êtres humains sont invités à adorer « celui qui a fait le ciel, la terre, la mer et les sources d’eaux » (14:7), une allusion directe à l’observation du sabbat, le vrai jour de repos (14). En elle-même, la puce n’a rien à voir avec l’adoration.

Le chiffre 666

Le livre de l’Apocalypse l’indique clairement : la marque de la bête est le signe d’une fausse adoration (14:9-11). Les faux adorateurs portent cette marque sur le front ou la main droite, des symboles respectifs de l’intelligence et de l’activité humaine (13:16). Autremnent dit, ils suivent la bête par conviction ou par intérêt. Par contrastre, les vrais adorateurs « gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus » (14:12).

La marque de la bête se caractérise par son nom (Babylone la Grande, 17:5) ou son chiffre (666, 13:17-18). À l’époque de la rédaction de l’Apocalypse, on pense inévitablement à Babylone, un thème réccurent du livre, que les premiers chrétiens associaient souvent à Rome (15). Dans le système religieux (astrologique) babylonien, il y avait 36 dieux principaux, numérotés de 1 à 36. Ces chiffres sacrés indiquaient la place et la puissance d’une divinité dans le panthéon du zodiaque. Adoré au jour du soleil (le dimanche), le dieu soleil, Shamash, était considéré comme le père des dieux, la divinité suprème qui dominait sur eux. Le chiffre 1 lui était attribué. La déesse la Lune avait le chiffre 2. Les autres dieux étaient les enfants du Soleil et de la Lune, incluant des étoiles et des constellations.

Les Babyloniens divisaient le zodiaque céleste en douze parties de 30° chacune, appelées signes ou maisons (les douze noms de l’horoscope), qui comprenaient chacune trois sections, soit au total 36 constellations gouvernées chacune par une divinité. Les trente-six dieux étaient appelés décans car chacun gouvernait 10° du cercle zodiacal et 10 jours de l’année. Similairement en Égypte, le ciel était divisé en 36 décans car chaque mois avait trois décans (trois semaines de dix jours chacune).

Croyant à la puissance de ces chiffres sacrés, les prêtres babyloniens portaient sur eux l’amulette des « sceaux du soleil », comprenant d’un côté le carré magique et de l’autre, l’image de Shamash, pour se protéger du mal des décans. L’addition de ces 36 chiffres sacrés donne un total de 666, un chiffre aussi attribué à Shamash et appelé « le grand chiffre du soleil ». Le total des trois premiers dieux est 6 (1+2+3 = 6), un chiffre sacré vénéré à Babylone – et une sorte d’anti-trinité.

Le carré magique du soleil – Sur l’amulette des sceaux du soleil, on voit en haut du quadrillage le nombre 111 et en bas celui de 666. En effet, quand on totalise la somme des chiffres de chaque colonne (soit à l’horizontale, soit à la verticale)

Quand on totalise les chiffres de chaque colonne (horizontale ou verticale) du carré magique, on obtient 111, un autre chiffre sacré babylonien. En les ajoutant, on obtient 666 (111 x 6 = 666). Dans la Bible, 6 est le chiffre symbolique de l’imperfection, et 7 de la perfection. Ainsi donc, 666 est le sommet de l’imperfection, de la rébellion contre Dieu.

La victoire de la vérité

Impréparés à la pandémie du Covid-19, les gouvernements ont été contraints dans un premier temps de confiner leurs populations. Dans ce contexte complexe, la communauté scientifique est divisée. Entre ceux qui estiment l’épidémie terminée et ceux qui redoutent une puissante seconde vague, il existe une grande marge de différence d’opinion qui nourrit copieusement les rumeurs. La meilleure règle est la prudence. « Ce n’est pas à nous d’attaquer les individus et les institutions. Soyons très prudents, de peur d’être mis au rang de ceux qui combattent les autorités » en ennemis de l’ordre et de la sécurité. (16)

Comme au jardin d’Éden, le grand comploteur jette le doute sur la vérité, l’Église et sa direction. « En sa qualité d’accusateur des frères, Satan est toujours actif là où Dieu travaille au salut des âmes. Il pousse certains hommes à mettre en évidence les erreurs et les défauts des enfants de Dieu, tout en passant sur leurs bonnes œuvres » (17). Ellen White met en garde contre le poison de la critique : « Ceux qui passent leur temps à critiquer les mobiles et les actions des serviteurs du Christ feraient mieux de le passer en prière. S’ils connaissaient la vérité sur ceux qu’ils accusent, ils auraient une opinion bien différente d’eux. » (18)

Le soupçon, la critique et la méfiance sont dans l’air du temps. Paradoxalement, Dieu fait confiance à l’Église, une institution perfectible, pour accomplir la mission de diffuser l’Évangile éternel jusqu’aux confins de la Terre. « Affaiblie et imparfaite, elle a besoin d’être reprise, avertie, conseillée ; mais elle n’en demeure pas moins ici-bas l’unique objet sur lequel le Christ jette un suprême regard. » (19) C’est ensemble, tous unis, et non dispersés, que les adventistes proclameront le message glorieux du grand cri : Jésus revient bientôt !


Sources :

1 Rachael Rettner, « COVID-19 has fueled more than 2,000 rumors and conspiratory theories », LiveScience.

2 Jérôme Javin, L’imaginaire du complot.

3 « Coronavirus : how do I recognize a conspiracy theory ? », DW.

4 Claudie Bert, « Nous avons découvert l’incroyable secret des théories du complot », 24 avril 2020.

5 Idem.

6 Idem.

7 Karen Douglas, Joseph Uscinski, Robbie Sutton, Alelsandra Cichocka, Turkay Nefes, Chee Siang Ang, Farzin Deravi, « Understanding conspiratory theories », Advances in Political Psychology, vol. 40, Suppl. 1, 2019.

8 Robyn Kamira, « Howto identify a conspiratory theory and stop the spread of
misinformation », The Spinoff.

9 Romains 13:1-5.

10 Park Jung Ho et Chun Sang Jin, « La théorie du complot comme un simulacre de
sciences sociales ? », Revue Sociétés, Cairn.Info.

11 Ephésiens 6:12.

12 2 Corinthiens 1:22.

13 Ellen White, Manuscripts Released, vol. 15, p. 225.

14 Exode 20:11.

15 1 Pierre 5:13.

16 Ellen White, Témoignages pour l’Eglise, vol. 3, p. 49.

17 Ellen White, Tragédie des sciècles, p. 428.

18 Ellen White, Testimonies for the Church, vol. 8, p. 84.

19 Ellen White, Témoignages pour l’Eglise, vol. 2, p. 414.

Leave a CommentSubmit

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.