Changer les questions pour changer le monde

Méditations spirituelles 08/09/2021

Sung Kwon | Ministry 3 trimestre 2021

Lorsque j’étais à Dayton, en Ohio, j’ai découvert que les personnes qui se battaient contre l’abus de drogues ou contre des défis mentaux, mais qui désiraient transformer leur vie se rendaient à Cincinnati (Ohio). La ville, en effet, avait mis en place un système bien organisé pour aider les sans-abris à se prendre en charge et à devenir indépendants financièrement en un ou deux ans.

Pour se rendre de chez eux à Cincinnati, ils passaient par Dayton à environ 80 km au nord de Cincinnati. Lorsqu’ils s’arrêtaient à Dayton en chemin pour Cincinnati, ils contactaient les églises du secteur pour obtenir de l’aide (nourriture, vêtements, carburant et hébergement). Les différentes paroisses répondaient à ceux qui étaient dans le besoin. Mais en observant la situation, nous avons remarqué que certains n’étaient pas très honnêtes concernant leur situation. Ils allaient d’église en église et profitaient de tous les ministères de bienfaisance qu’ils trouvaient.

Ainsi, nous avons rassemblé plusieurs entités adventistes et avons donné un soutien financier pour aider les sans-abris à Dayton. Nous avons ensuite contacté les entreprises locales (du secteur privé : épiceries, stations-service, motels, etc.), leur demandant de nous soutenir dans nos efforts. Nous nous sommes engagés à ajouter un dollar pour deux dollars qu’ils donneraient. Le plus souvent,

les commerçants nous disaient que nous faisions un bon travail et nous donnaient un coupon d’une valeur de 5 dollars. Nous leur donnions ensuite un reçu. Ces coupons étaient ensuite remis à la police locale et aux pompiers (secteur public). Nous leur demandions de distribuer ces coupons selon les besoins.

Comment ça marche ? Lorsqu’un sans-abri contacte une église locale, il est redirigé vers la station de police ou de pompiers la plus proche pour y recevoir des coupons de service. Que se passe-t-il ensuite ? Seules les personnes honnêtes quant à leurs besoins vont vers la police ou les pompiers pour chercher ces coupons. Cette collaboration évite aussi de donner des services en double. Rapidement des églises d’autres dénominations se sont jointes au projet, d’autres commerçants se sont impliqués, et ce programme s’est étendu à la ville entière. Nous avons simplement fait le lien entre le secteur public, le secteur privé et le secteur des associations sans but lucratif (les églises). ç

Une présence fidèle

Posez-vous ces questions : « si votre église devait fermer ses portes, les gens de la ville le remarqueraient-ils ? Le regretteraient-ils ? » Je crois que l’église est l’endroit où les disciples sont formés, éduqués, équipés et envoyés dans les quartiers pour faire une différence au sein de la population locale.

En tant qu’église de Dieu, nous devons faire attention à ne pas oublier nos responsabilités d’élus, comme d’autres avant nous l’ont malheureusement oublié. Nous devons être les témoins reconnaissables, tangibles et visibles de Dieu, et un avant-goût de son rêve pour le monde.

C’est pour cette raison que Jésus a dit : « Que, de la même manière, votre lumière brille devant les hommes afin qu’ils voient votre belle manière d’agir et qu’ainsi ils célèbrent la gloire de votre Père céleste » (Mt 5.16, S21). En fait, l’idée que nous puissions établir un lien avec une autre personne de manière à glorifier Dieu est un incroyable privilège et une responsabilité sacrée.

Par conséquent, l’appel de Dieu devrait influencer notre manière de penser et de travailler dans chaque aspect de nos vies. Ainsi, au lieu de nous demander comment attirer des personnes vers ce que nous faisons, nous devrions plutôt nous poser cette question : que fait Dieu ici et maintenant, dans nos voisinages ? Que devons-nous changer afin d’impliquer les gens de notre commune alors que l’église ne fait pas partie de leur vie ?

L’œuvre terrestre de notre Seigneur Jésus-Christ consistait en un engagement à vivre auprès de la population pour construire des liens. Nous devons donc établir une présence fidèle à Dieu dans nos quartiers jusqu’au retour du Christ. Le christianisme, c’est l’église qui fait le lien entre Dieu et la population au moyen d’une évangélisation de personne à personne.

Ainsi, je vous dis à vous, mes collègues, que l’implantation de votre église dans une commune, ne suffit plus pour que votre présence soit reconnue dans le quartier. C’est plutôt votre engagement dans la ville qui établit cette présence de façon réelle pour les habitants. Au lieu de dire aux gens : « Venez voir ! », changeons les questions. Pour quelle raison nous connait-on dans nos quartiers ? Comment interagissons-nous les uns avec les autres et avec les habitants ? Comment nous sommes-nous positionnés dans nos communes ? Nous devons changer nos façons de penser et de travailler.

Un nouveau modèle

Selon Buckminster Fuller, « nous ne changeons jamais quoi que ce soit en combattant la réalité existante. Pour changer quelque chose, construisez un nouveau modèle qui rend le modèle actuel obsolète 1. » Ainsi, changer les questions nous aidera à modifier notre façon de penser, à transformer notre façon de travailler et à atteindre des résultats différents, non seulement un succès quantitatif, mais aussi un impact qualitatif et collectif. Là où sera ta manière, là aussi sera ton cœur.

Nous ne pouvons pas confiner ou limiter l’église à un simple programme d’adoration. L’église n’est pas simplement un endroit et un moment où nous nous rencontrons pour un rendez-vous hebdomadaire. Son objectif n’est pas non plus de garder les traditions et de maintenir le statu quo. En fait, nous devons nous fonder sur la tradition pour ensuite nous développer. Si nous ne grandissons pas au-delà de nos propres traditions, nous deviendrons inefficaces.

Nous devons changer nos conversations. Au lieu de nous demander quelle est la taille de notre église ou combien de personnes viennent au culte, nous devrions nous demander quel est l’impact collectif de notre église dans la commune. Lorsque ce changement sera effectué, le ciel se remplira davantage de gens de toute nation, tribu, race et langue. Là où il y a du changement, l’espoir grandira pour l’avenir de notre foi. Ainsi, au lieu de demander comment être la meilleure église dans notre environnement, nous devrions nous demander comment être la meilleure église pour notre population (ou avec notre population). 2

Un modèle missionnaire

L’église doit être un mouvement missionnaire. Chaque paroisse, chaque institution éducative et chaque établissement médical doit être missionnaire. La plupart du temps, les gens ne viennent pas à nous, nous devons aller vers eux. Pour être une église missionnaire, nous devons constamment adopter des nouvelles façons de penser et de travailler. Nous ne pouvons plus rester entre les quatre murs de l’église et crier aux gens : « Venez voir ! » Nous devons ôter de l’église cette mentalité passive et nous engager de manière proactive pour nos communes et avec nos communes.

Comment pouvez-vous être une église missionnaire ? Un groupe d’Explorateurs 3 pourrait contacter une petite épicerie locale pour aider les propriétaires à développer une stratégie de vente innovante. Avec l’aide des membres d’église, les Explorateurs pourraient par exemple, rénover un magasin. Une telle initiative pourrait impliquer des jeunes adultes et des étudiants en ingénierie, en décoration d’intérieur et en travail social. Ils pourraient collaborer pour améliorer l’état et l’efficacité du magasin, et pour découvrir dans quels genres de service à la population le commerce pourrait s’impliquer.

Cette relation pourrait être un engagement à vie entre l’église et les propriétaires du magasin. Si nous continuons de tels partenariats envers les habitants, nous verrons peut-être assez vite un impact et des résultats positifs dans les expériences d’apprentissage des étudiants, dans la réputation et la croissance de l’institution, et dans l’amélioration du vivre ensemble.

Les questions à poser

Encore une fois, au lieu de nous demander combien de personnes nous avons aidées ou combien de chaussettes et de sous-vêtements, nous avons distribués, nous devrions nous poser les bonnes questions pour sensibiliser à l’importance d’apprendre à servir. Si, par exemple, les Explorateurs se portent bénévoles dans un refuge pour sans-abris :

1. La connaissance : quelles ont été vos premières impressions du refuge ?

2. La compréhension : en quoi ce refuge était-il pareil et différent de ce que vous imaginiez ?

3. L’analyse : quel aspect de votre engagement a été votre plus grand défi ?

4. La synthèse : qu’avez-vous appris sur vous-même en rendant ce service ?

5. L’évaluation : que proposeriez-vous maintenant pour améliorer le sort des sans-abris ?

C’est vraiment l’inspiration divine qui nous a conduits à ce projet et à sa stratégie mis en œuvre à Dayton, Ohio 4. Nous nous sommes nous-mêmes lancé un défi en nous posant des questions plus importantes. Où est notre compassion pour mettre fin à la pauvreté ? Où est notre vision pour faire cesser la faim dans le monde ? Où est notre rêve de mettre fin à la traite des êtres humains ? Où est notre désir de construire des foyers heureux ? Où est notre engagement pour une vie d’intégrité, d’humilité et de paix ? Par cette immersion au sein de la société, j’ai eu le privilège de recevoir le prix « 40 ans et moins de 40 ans : les jeunes entrepreneurs les plus brillants de Dayton. »

Dans Matthieu 20.28, Jésus définit sa mission : « le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir » (NBS). De la même manière, Dieu nous a choisis pour le servir et pour servir ses enfants. Changeons les questions afin de pouvoir changer le monde.


1. J. Baldwin, Bucky Works, Buckminster Fuller’s Ideas for Today. Hoboken, NJ: John Wiley and Sons, 1997.

2. Eric Swanson and Rick Rusaw, The Externally Focused Quest: Becoming the Best Church for the Community. San Francisco, CA: Jossey-Bass, 2010.

3. Un groupe d’Explorateurs réunit des garçons et filles au sein des Églises adventistes du septième jour pour aider à développer leurs connaissances culturelles, sociales et spirituelles.

4. Tania D. Mitchell, “Critical Service-Learning as Social Justice Education: A Case Study of the Citizen Scholars Program,” in Equity & Excellence in Education 40, no. 2 (2007), p. 101, 102.

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.