Paris, France - Appel de la Fédération protestante de France Politique, Éthique et Société

Mis à jour le 19.04.2017 à 13:35
Paris, France - Appel de la Fédération protestante de France Politique, Éthique et Société

Communiqué de la Fédération protestante à propos des élections présidentielles françaises :

 

" Pour notre démocratie, pour notre pays, pour notre société s’approche l’heure de choix décisifs que cristallise l’élection du Président de la République.
En ce moment particulier, nous, Églises, communautés, œuvres et mouvements que réunit la Fédération protestante de France, nous, la famille protestante, héritiers de 500 ans d’une histoire si souvent violente et tourmentée qui nous fait mesurer le prix inestimable de la paix civile et de la concorde religieuse, nous qui sommes à tous niveaux fortement impliqués dans la vie de la Cité, mais qui avons porté à l’origine et faisons vivre et rayonner la laïcité, nous minorité parmi les minorités, c’est à l’ensemble de nos concitoyens que nous voulons adresser, dans toute leur diversité, précisément depuis cette place singulière qui est la nôtre dans notre pays. Non pas aux seuls paroissiens du « petit troupeau » protestant, mais à chacun qui aujourd’hui au vu de la campagne électorale telle qu’elle se déroule doute, hésite, se pose la question de son vote. Et c’est à l’ensemble des candidats que nous voulons exprimer nos inquiétudes et nos convictions.

 


Nous croyons à la noblesse et à la grandeur du politique. Nous sommes viscéralement attachés à la démocratie, que nos Églises vivent dans leur organisation interne depuis la Réforme. Nous considérons que dessiner un projet d’avenir collectif pour notre communauté nationale dans des contextes plus difficiles et plus incertains que jamais est une tâche majeure. Nous aspirons à la confrontation sincère et franche des idées, des questions, des propositions, pour que chacun fasse selon un esprit de libre examen qui est au fondement de nos convictions le choix éclairé́ qui lui appartient, et à lui seul. Le débat est la vie démocratique même. Le dialogue peut être rude, tendu, incisif, dérangeant. Mais quand il devient jeux de postures, propos cyniques, horions verbaux, quand il élude les sujets de fond pour se focaliser sur des rivalités de personnes, quand il s’abstrait de l’exigence du respect de l’autre, quand il se dissout dans un théâtre d’ombres où l’on privilégie plutôt que l’effort de vérité la mise en accusation, quand l’auto-absolution vaut excuse publique, alors ce n’est pas seulement l’autorité et la dignité de la fonction à laquelle on aspire qui est compromise, c’est la politique même, sa vocation essentielle, sa légitimité qui est mise en cause. Et c’est en définitive la démocratie que l’on sape. Monte en effet une colère, s’avivent des frustrations, grandissent des tensions qui se renforcent les unes les autres au risque, nous le sentons bien, de remettre en cause d’abord insidieusement, puis brutalement peut-être un jour, ce qui nous rassemble autour de valeurs partagées et d’une même conception de faire société. Le climat devient de plus en plus délétère, fait de suspicion et de méfiance qui s’exacerbent. La violence affleure déjà quand l’interpellation n’est pas entendue, quand les attentes ne sont pas prises en compte, quand les réponses sonnent faux, quand l’espérance collective est mise à mal par la force coalisée d’intérêts particuliers.

 


Il est de la responsabilité première de ceux qui aspirent à la plus haute fonction de notre pays de casser cette dangereuse spirale du pire. Redonner tout son sens à la politique ne peut se réussir que dans le retour à l’éthique.

 


Éthique de comportement d’abord : ne pas s’excepter soi-même de l’effort qu’on demande aux autres, ne pas se mettre en risque de conflit d’intérêt par rapport aux intérêts particuliers et aux groupes de pression, ne fût-ce que par l’apparence, faire des moyens publics un usage parcimonieux et frugal, ne jamais oublier que la finalité de la politique c’est se mettre au service d’autrui, ce sont les conditions indispensables à la confiance sans laquelle rien de grand, rien de durable ne peut être fait, quelle que soit la majorité électorale dont on dispose.

 


Éthique de conviction ensuite : ne pas céder à la facilité des discours trompeurs et enjôleurs, construire et porter un projet exigeant à la hauteur des enjeux d’un monde incertain et d’une société à la peine et qui rouvre l’avenir, savoir l’incarner et le faire partager, mettre en son cœur ce qui lui donne sens en termes de valeurs, avoir pour seules boussoles le bien commun, la justice et la solidarité, voilà les leviers qui rendent possibles les changements nécessaires, si hardis soient-ils, non pas dans la facilité - ne tombons pas dans un irénisme béat !- mais dans la ténacité de l’effort que guide l’intérêt générale.

 


Éthique de responsabilité enfin : ne pas faire de promesses intenables, ne pas sacrifier les réformes indispensables dans le temps présent à l’illusion des utopies pour demain, dire ce que l’on va faire et ensuite faire ce que l’on a dit, ce n’est pas se résigner à une fatalité qui éviterait d’agir, ce n’est pas se borner à gérer le quotidien, c’est redonner à la politique sa vérité : elle n’est pas une pensée magique, mais un levier de transformation étape après étape de notre société autour d’orientations partagées et d’un sens retrouvé. Elle n’est pas le fait d’un homme seul, elle est le fruit d’un élan collectif.
L’élection présidentielle est bien ce moment de vérité : sur nous-mêmes, qui avons tendance à trouver refuge dans la sphère de l’individuel quand se joue l’avenir de notre société ; sur cette dernière, fragilisée et si souvent fracturée, ballottée de crise en crise, en perte grandissante de repères stables dans un monde qui change à toute vitesse, et où montent les inégalités et les injustices ; sur ceux qui aspirent à nous gouverner, leur personnalité et leurs projets ; sur notre courage à affronter ensemble les difficiles changements nécessaires.


Parmi tant d’autres, plusieurs problématiques sont pour nous, protestants, emblématiques de notre capacité à construire un monde meilleur, pour nous- mêmes et pour nos enfants :

 


- Une société solidaire qui s’enrichisse de toute sa diversité : jeunesse, handicap, égalité hommes-femmes.
- Une société ouverte et accueillante à la différence : la laïcité, l’accueil de l’exilé.
- Une société qui promeuve une autre approche de l’économie : économie sociale et solidaire, changement climatique et transition énergétique.
- Une société bienveillante qui ne réduit personne à la somme des ses échecs ou de ses fautes : justice restaurative.

 


Chrétiens, nous ne sommes jamais las de l’espérance que porte l’Évangile. Nous croyons fermement que l’avenir se construit, pour les personnes comme pour la société, car nul n’est assigné à une situation ou à un destin. Nous refusons de nous résigner à des injustices parfois présentées comme des fatalités : le renvoi de l’individu à sa solitude : l’humanité se tisse dans la relation, l’échange est au fondement de toute solidarité ; la compétition des personnes : nul n’a à se justifier d’exister, nul ne saurait être réduit à ses succès ou à ses échecs ; la méfiance instituée, les incessantes mobilités qui épuisent les plus faibles, la précarité érigée en système de règulation sociale, les peurs entretenues ; la déresponsabilisation, la réduction au statut de victime ou d’assisté : chacun peut être le premier acteur de sa vie.

 


C’est pourquoi nous appelons ceux qui se présentent à l’élection à la présidence de la République à porter le projet d’une société plus juste, plus fraternelle, plus riche d’avenir pour chacun, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, quelles que soient ses origines, son histoire, sa religion, ses convictions philosophiques et politiques, la société de confiance et d’espérance qu’attend désespérément notre pays pour un nouvel élan qui le rassemble.
C’est pourquoi nous appelons nos concitoyens à refuser avec nous, « qu’ils croient au ciel ou qu’ils n’y croient pas », les crispations identitaires qui se manifestent aujourd’hui avec toujours plus d’intensité pour affirmer au contraire la liberté irré́ductible, la valeur irremplaçable et la singularité essentielle de tout homme et de toute femme, sur quoi repose notre République."

 

Source : FPF/BIA