Paris, France – Réflexion du service de presse adventiste sur l’homosexualité

Mis à jour le 15.10.2012 à 14:09
Paris, France ? Réflexion du service de presse adventiste sur l?homosexualité

Il y a quelques années, suite à la reconnaissance du gouvernement belge du mariage homosexuel et de l’adoption d’enfants par les couples homoparentaux, le synode de l’Église protestante unie de Belgique (EPUB) a proposé une journée de réflexion.

Le thème « Vivre l’Église tout en étant homosexuel et hétérosexuel » fut programmé le 30 septembre 2006 au Temple protestant du botanique de Bruxelles. Le pasteur adventiste Michel Mayeur a transmis ses impressions au BIA.

Mme Anne Debra, psychologue, s’est penchée sur les racines de l’homosexualité en abordant les phases successives de l’enfance et de l’adolescence. Peter Tomson, professeur à la Faculté de théologie protestante de Bruxelles, a approfondi le sujet de l’homosexualité dans le Nouveau Testament et au sein de l’Église d’aujourd’hui. Il a abordé sa problématique par la question : quelle doit être notre attitude envers la Bible et envers le prochain ?

 

Pour lui, les Écritures restent le point de départ de toute réflexion mais elles ont  connu, au cours des siècles, quelques périodes de changement, car la société humaine évolue sans cesse. En se référant aux textes du Nouveau Testament, le professeur Tomson a précisé que « le comportement homosexuel appartenait aux péchés caractéristiques du monde païen et n’avait pas de place ni chez les juifs ni chez les chrétiens ». Sa conclusion rassembla tous les suffrages : « Je veux plaider pour la foi dans le Seigneur qui indiquera un chemin pour son Église unique, dans l’espoir qu’il la préservera de tout déchirement et inimitié, et pour l’amour envers tous les siens. » L’après-midi fut consacrée à deux expériences de vie : le premier témoin raconta son combat pour écarter une homosexualité que sa foi nouvelle ne pouvait approuver. Le second livra son parcours d’homosexuel ayant trouvé sa place au sein d’une communauté chrétienne.

 

Pour Michel Mayeur « L’un des grands mérites de cette rencontre ne fut pas de fournir des réponses mais d’offrir à chaque participant des éléments permettant de prolonger sa réflexion personnelle. »

 

Le problème chez les chrétiens et leurs communautés d’appartenance, c’est le sentiment de l’obligation d’apporter une réponse à la situation de cette sexualité si particulière.

 

Qu’il soit d’Orient ou d’Occident, le christianisme, à travers ses multiples traditions catholique, orthodoxe, protestante ou évangélique, de même que les mouvements religieux issus du réveil, sont conscients que le projet originel de Dieu révélé dans la tradition judéo-chrétienne favorise l’hétérosexualité. Les textes fondamentaux bibliques, les deux alliances (Ancien et Nouveau testaments) vont dans le même sens, ne serait-ce que celui du livre de la Genèse.

 

D’un côté, la notion de couple et de famille s’inscrit toujours dans la notion fondamentale de l’hétérosexualité. De l’autre, les homosexuels sont l’objet d’intolérance, de discriminations multiples et de rejet.

 

En Polynésie française, le maire de la commune de Taputapuatea, sur l’ile de Raiatea, Thomas Moutame a été condamné en septembre 2012, par la cour d’appel de Papeete (Tahiti), pour avoir refusé de célébrer le mariage d’un couple dont l’épouse était transsexuelle. Au nom de sa conscience, de sa culture chrétienne et de sa foi adventiste, le maire a souhaité ne pas remplir son devoir.

Aux États-Unis, le maire adventiste de la ville de Philadelphie, John Street a beaucoup fait pour la communauté gay de la ville, tout en étant réfractaire au mariage des homosexuels. En 2007, il aurait même célébré l’union de l’un de ses collaborateurs, selon différentes dépêches de presse.

 

Comme de nombreuses questions restent posées, la commission d’éthique de l’Union franco-belge des Fédérations adventistes de France, de Belgique et de Suisse travaille sur ce sujet depuis plusieurs mois. Elle rendra prochainement son étude accompagnée de sa déclaration votée par le prochain comité de l’Union des Fédérations adventistes de France, de Belgique et du Luxembourg.

 

Au cours de ce mois, la Conférence générale des adventistes du septième jour à Washington transmettra une déclaration sur ce sujet à l’intention des membres de leurs Églises du monde entier. Il est clair qu’au delà des cultures et des multiples traditions sociales, il est important de respecter tous les êtres humains créés par Dieu qui tous font l’objet de son amour et de sa patience. Mais il est essentiel de ne pas confondre les mots utilisés en appliquant la notion du mot « mariage », « famille » à n’importe quelle sexualité.

 

Pour le responsable du service de presse adventiste, Jean-Paul Barquon « La cérémonie religieuse du mariage existe dans toutes les traditions monothéistes. Il est vrai que le mariage n’est pas reçu comme un sacrement par les églises issues de la Réforme protestante et par les différents mouvements de réveil. Néanmoins, il ne serait pas judicieux d’utiliser ce prétexte pour célébrer et encourager des projets de vie commune qui seraient aux antipodes de la révélation accordée au monothéisme dans les traditions juive, chrétienne et musulmane. Dans une société où la famille se transforme, est-il juste de l’éloigner du projet originel de la révélation biblique ; d’utiliser le mot « mariage » à une union si  particulière ?

Cela ne signifie pourtant pas qu’il faut stigmatiser les personnes ou leur refuser la possibilité de croire en un Dieu d’amour. Il est nécessaire de distinguer les différentes facettes : l’union civile de deux personnes de même sexe, la célébration religieuse, l’homoparentalité et la procréation médicale assistée.

Le sujet pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Même si le sujet est embarrassant, il est souhaitable d’adopter un comportement qui soit en harmonie avec l’esprit de l’Évangile, de la grâce de Dieu mais pas une grâce à bon marché. »

 

Communiqué de la FPF (Source : FPF/BIA)

 

Paris, France – Position de la Fédération protestante sur le « mariage pour tous » projet du gouvernement français

 

Dans sa dernière séance du mois d’octobre, le Conseil de la Fédération protestante de France s’est penché sur le texte suivant qu’il communique à la presse :

 

« Depuis leur création au 16e siècle les Églises protestantes n’ont jamais retenu le mariage au nombre des sacrements. Elles ont ainsi renoncé à placer sous le contrôle de l’Église l’acte constitutif du couple et de la famille(1) C’est dire qu’elles ne remettent pas en question la légitimité de l’État à légiférer sur le mariage. Bien que tout concoure à faire du mariage de personnes du même sexe le sujet de toutes les confrontations, la Fédération protestante de France, constatant que ce n’est pas le cœur de la foi chrétienne n’entend pas entrer en campagne.

Cela ne lui interdit pas de donner un avis. En s’exprimant sur le projet de « mariage pour tous », la Fédération protestante de France ne cherche pas à clore un débat, engagé depuis plusieurs années, entre ses Églises membres, au sein de ces Églises elles-mêmes, un débat qui traverse aussi certainement chacun. Elle refuse aussi bien les affrontements binaires que le relativisme et souhaite valoriser le dialogue.

 

Depuis longtemps les homosexuels sont l’objet d’intolérance, de discriminations multiples et de rejet. Il est certain que la tradition chrétienne dans son ensemble a contribué à la condition qui leur a été ainsi faite. La Fédération protestante de France regrette l’ostracisme et parfois la persécution dont ils ont été et sont encore l’objet. Elle comprend leur désir de reconnaissance et soutient leur demande de sécurité juridique accrue.

 

La Bible évoque l’homosexualité. Selon la lecture qui est faite des textes les positions peuvent être immédiatement intransigeantes. L’attitude prise à l’égard de l’homosexualité peut même devenir pour certains un des principaux critères de la fidélité chrétienne aujourd’hui. Or, quelque interprétation qu’on donne des textes du Lévitique(2) ou de ceux de Paul pour le Nouveau Testament(3), il faut constater que Jésus dans les Évangiles, n’aborde pas ce sujet. Son silence ne signifie évidemment pas approbation. Il indique en tout cas que les questions liées à la sexualité étaient pour lui manifestement moins centrales que celle de l’argent et du pouvoir, par exemple. Il ne s’agit donc pas de faire de l’homosexualité et du mariage des personnes de même sexe le centre du débat théologique.

 

La question est fondamentalement sociale et collective. Elle relève de la façon dont une société se perçoit et se construit et des symboles dont elle marque le champ de son identité. Or sur ce point, il faut dire clairement que les distinctions opérées entre homosexualité et hétérosexualité, ne sont pas fondamentalement le reflet d’un moralisme désuet, mais relèvent d’une exigence profonde du corps social. Celui-ci demande à être structuré, symboliquement et réellement, par la présentation et l’acceptation d’une différence originelle et fondamentale qui traverse jusqu’au plus intime des corps et des manières d’être. Considérer toutes les formes de sexualité comme indifférentes, reviendrait en fait à empêcher toute rencontre véritable et tout métissage réels, parce que tout serait déjà imaginairement mélangé et nivelé.

 

Le mariage n’est pas la fête de l’amour, la mise en scène de sentiments, mais une organisation sociale qui contribue à structurer les relations en symbolisant la différence entre générations, entre les sexes, entre épousables et non épousables. Il a toujours, selon ses diverses formes culturelles, voulu mettre « de la clarté dans les faits et de la hiérarchie dans les valeurs » (France Quéré). Il est le lieu où se construisent les rapports entre les sexes et les générations.

 

Il ne s’agit pas de morale mais de symbole. C’est pourquoi tout en encourageant ses membres à l’accueil respectueux des personnes homosexuelles, sans contester aux pouvoirs publics leur responsabilité législative, la Fédération protestante de France estime que l’actuel projet de « mariage pour tous » apporte de la confusion dans la symbolique sociale et ne favorise pas la structuration de la famille. Il n’est pas question ici de morale mais d’anthropologie et de symboles.

La Fédération protestante de France souhaite exprimer à cet égard sa très vive préoccupation si, au-delà du « mariage pour tous », une réforme du droit de la filiation devait s’engager sans être précédée d’un vaste débat public analogue à celui qui a précédé l’adoption des lois de bioéthique par le Parlement.

 

N. B. : La Fédération protestante de France n’est pas une instance doctrinale, chaque Église membre mène pour son propre compte et selon ses propres modalités une réflexion théologique sur ces questions. »

 

1. Doyen Jean Carbonnier dans « La sexualité » texte de la Fédération protestante de France (Centurion-Labor et fides 1975) p. 98

2. Lévitique 18.22

3. Romains 1.24-28