Paris, France - Escroquerie Ă  l’espĂ©rance

Mis à jour le 14.12.2008 à 22:20
Paris, France - Escroquerie à l?espérance
Jeux d’argent, crĂ©dits faciles
 Le prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration protestante de France, le pasteur Claude Baty, dĂ©nonce un redoutable leurre en cette pĂ©riode de crise.

« Pendant les travaux le magasin reste ouvert ! Pendant la crise, la Française des jeux (fdjeux) redouble d’ardeur publicitaire ! Cette publicitĂ© sans vergogne peut faire office de parabole.

Personne ne dĂ©nonce cet encouragement, bientĂŽt « rĂ©publicain », Ă  jouer. La bĂ©nĂ©diction des pouvoirs publics est acquise puisque ça rapporte gros, c’est sĂ»r. Si personne ne proteste c’est peut-ĂȘtre parce que chacun sait que si ces jeux n’existaient pas il faudrait payer davantage d’impĂŽts, et puis enfin personne n’est obligĂ© de jouer. Toutes ces excuses Ă©noncĂ©es, il est Ă©vident que ce sont les plus dĂ©munis qui jouent et se dĂ©munissent donc un peu plus. L’incitation Ă  gratter, Ă  tirer, Ă  cocher, Ă  jouer en ligne pose donc question au citoyen que je suis. N’y a-t-il pas lĂ , ce qu’on appelle par ailleurs, abus sur des personnes en situation de faiblesse ? Le simple fait que la fdjeux avertisse « restez maĂźtre du jeu », « fixez-vous des limites », indique bien que ma suspicion n’est pas gratuite, si j’ose dire.

Les incitations pressantes aux crĂ©dits faciles (revolving) mettent elles aussi en danger les plus faibles et les plus dĂ©munis abusĂ©s par des offres qui sont tout sauf des facilitĂ©s et des cadeaux. Seuls certains financiers peuvent jouer gagnant, ce qui ne signifie pas sans perte
 Et les yoyos de la Bourse en crise semblent montrer qu’ils continuent Ă  jouer


En avançant un peu plus loin pour entrer en terre chrĂ©tienne, il ne me semble pas exagĂ©rĂ© de parler d’escroquerie Ă  l’espĂ©rance. Sans remonter au jardin d’Éden, oĂč il y a dĂ©jĂ  eu, semble-t-il, abus de confiance, JĂ©sus met bien en garde contre un maĂźtre puissant et sĂ©ducteur qu’il dĂ©nonce, Mammon. L’argent est bien l’idole qui fait rĂȘver et qui tient en esclavage, qu’on en possĂšde peu ou beaucoup. Fallait-il entrer dans la crise financiĂšre que nous connaissons pour prendre conscience de la dĂ©mesure des inĂ©galitĂ©s, du leurre de la technicitĂ©, de l’injustice dans le traitement des hommes, de l’irresponsabilitĂ© de certains acteurs Ă©conomiques et des politiques Ă  courtes vues ? DerriĂšre le marchĂ© et ses lois prĂ©tendument intouchables, ne savions-nous pas qu’il y avait des hommes cupides, sans foi ni loi ?

Le plus surprenant c’est que les remĂšdes proposĂ©s pour sortir de la crise ne remettent pas en cause ce qui l’a provoquĂ©e, puisqu’on nous exhorte Ă  jouer, Ă  consommer plus, en nous berçant du refrain « ça va s’arranger
 bientĂŽt ! » Mais sommes-nous vraiment persuadĂ©s, d’une part que consommer toujours plus c’est le bonheur, ensuite que notre planĂšte peut le supporter et enfin que cela est bien moral au regard des plus pauvres ?

Si les politiques n’osent pas dire qu’il nous faut changer de train de vie, abandonner le toujours plus, accepter de partager, les chrĂ©tiens ont de bonnes raisons pour le proclamer. Oui, il faut changer de vie, travailler sur le dĂ©sir qui nous met en marche
 tĂąche Ă©minemment spirituelle. À l’approche de NoĂ«l, quand revient la dĂ©ferlante des incitations Ă  la consommation, essayons, Ă  notre mesure, d’ĂȘtre simples, sobres et
 joyeux, en reprenant cette question essentielle : oĂč est notre espĂ©rance ? » Claude Baty

Source : BIP/BIA