Silver Spring, Maryland, USA - Des femmes débattent avec le président de l'Eglise adventiste mondiale, de questions de santé, de pauvreté, de leadership et abordent le sujet des abus

Mis à jour le 04.01.2007 à 21:10
Silver Spring, Maryland, USA - Des femmes débattent avec le président de l'Eglise adventiste mondiale, de questions de santé, de pauvreté, de leadership et abordent le sujet des abus
A l'occasion de l'émission du 14 décembre « un temps pour parler » ('A Time to Talk) diffusée en direct sur Hope Channel, des femmes adventistes des trois continents se sont retrouvées dans trois studios (au siège de la Conférence Générale à Silver Spring dans le Maryland, au Cap en Afrique du Sud et à Londres en Angleterre) pour partager leurs plus profondes inquiétudes avec le pasteur Jan Paulsen, président de l’Eglise adventiste.

A la question souvent posée de l'ordination des femmes, pasteur J. Paulsen répond : « Les références pastorales ne se limitent pas à notre région, elles sont mondiales. Lorsque nous avons commencé à discuter de cette question il y a vingt ans, nous nous sommes dit qu'il fallait traiter le problème en tant qu'église mondiale. Ceci n'est pas chose facile, car bien qu'il n'y ait pas vraiment de raison biblique empêchant l'ordination des femmes, beaucoup de questions culturelles ont un impact sur cette décision d'un point de vue local. Nous avons abordé ce sujet plus d'une fois et en avons longuement discuté mais aucune décision dans laquelle l'église mondiale puisse nous suivre n'a été prise jusqu'à présent ».

Une femme d'Afrique du Sud a demandé au pasteur J. Paulsen quels étaient les projets mis en place pour qu'il y ait davantage de leaders femmes dans l'Eglise. Voilà ce qu'elle a dit : « La majorité des membres de l'église adventiste est composée de femmes... Je voudrais connaître ce que vous planifiez de faire dans notre région pour réduire le déséquilibre en matière de leadership, puisqu'il n'y a pas de femmes aux postes administratifs ».

En guise de réponse, Jan Paulsen mentionne l'élection récente (l'année dernière) de trois femmes à de très hautes responsabilités dans l'église : Ella Simmons comme vice-présidente, Rosa Banks en tant que secrétaire adjointe et Daisy Orion comme trésorière adjointe.

Concernant ces nominations, Jan Paulsen déclare : « Je crois que nous envoyons ainsi un signal à l'église mondiale. S'il cela vous plait, examinez vous-mêmes les professionnelles qui ont de grandes compétences et utilisez-les. Que fait la direction de l'église en Afrique du Sud pour encourager les femmes à se former au ministère ? Nous avons ouvert la voie aux femmes pour qu'elles soient employées comme pasteurs (sans être consacrées). Maintenant l'Afrique du Sud doit considérer la situation telle qu'elle est ».

La participante dit que la façon dont l'église est structurée empêche, de toutes façons, que les femmes progressent dans l'église.

Le pasteur J. Paulsen dit qu'elle n'a pas tort. « Les pasteurs constituent le groupe le plus important de personnel dirigeant, c'est pourquoi je comprends qu'il y ait un déséquilibre dans la représentation paritaire ». Durant l'émission, J. Paulsen a encouragé à maintes reprises les femmes à s'impliquer dans les églises locales pour favoriser des vocations de pasteurs et dirigeants auprès de la gente féminine. Il admet : « Je n'ai pas LA solution à ce problème. Nous continuons de chercher des femmes disponibles et désireuses de travailler dans l'oeuvre mais il n'est pas facile d'en trouver ».

Une autre participante intervient depuis Londres, faisant remarquer que l'Eglise est en train de perdre bon nombre de ses employées les plus compétentes au profit du monde séculier.

Jan Paulsen est d'accord avec cette personne. « C'est une honte que des femmes adventistes qui ont fait de bonnes études ou qui ont de bonnes compétences ne trouvent pas leur place professionnellement dans l'église et aillent ailleurs pour travailler. Je pense que c'est dommage. Nous nous privons nous-mêmes de personnes aux multiples dons spirituels et très très compétentes professionnellement ».

Jan Paulsen aborde aussi avec force la question de l'abus des femmes et des enfants dans l'église. Une femme demande si la théologie du pardon que présente l'église ne pousse pas les femmes à rester dans des foyers destructeurs.

Elle affirme : « L'église dit souvent aux femmes qui ont été abusées et qui vivent dans des mariages ou relations violentes, de pardonner, d'oublier et de rester dans la même situation. Comment pouvons-nous, en tant qu'église mondiale, donner un tel message et honorer Dieu ? »

Pour Jan Paulsen : « Le pire qui puisse arriver dans ce cas-là, c'est que l'église défende celui qui fait du mal et manque à sa mission d'apporter soutien, réconfort, force et secours à la victime. Dire simplement 'pardonnez et continuez votre vie' pousse la personne dans un situation émotionnelle encore plus difficile ».

La pauvreté est une des problématiques qui furent passionnément abordées durant l'heure d'émission. Une femme de Londres a demandé si l'Eglise mondiale avait des solutions à long terme pour lutter contre la pauvreté. Elle a seulement cité les repas occasionnels fournis aux sans-abris par les églises.

Jan Paulsen répond : « Je pense que l'église doit être une communauté investie dans un ministère. Nous devons nous occuper des gens, quelle que soit leur situation et peu importe qui ils sont, car ce sont des êtres humains. L'église se doit avant tout d'être une communauté à travers laquelle le Christ propage salut, guérison et soutien ».

Il propose à l'église une autre manière de combattre la pauvreté : en faisant que les églises collaborent avec les gouvernements locaux et nationaux.

Des femmes depuis Londres et l'Afrique du Sud ont amené la discussion sur la question du VIH et du SIDA. Une d'entre elles a suggéré que les pasteurs reçoivent une formation pour savoir comment faire face au VIH et au SIDA. Une autre personne a demandé ce que l'église faisait à ce propos.

J. Paulsen parle d'abord de la stigmatisation de ceux qui sont atteints de la maladie et dit : « L'église doit reconnaître la valeur de chaque être humain et doit traiter l'autre comme un personne aimée de Dieu ».
Il fait ensuite allusion au Ministère International Adventiste de Lutte contre le SIDA (AAIM) dont le siège est situé en Afrique du Sud. Ce ministère vise à éduquer et encourager les églises d'Afrique du Sud à s'impliquer dans une solution pour le VIH et le SIDA. « Nous avons transformés plusieurs églises en communautés de guérison : nous les avons formées pour accueillir des personnes atteintes du VIH et du SIDA et pour apporter une attention particulière et du soutien. Nous aidons les églises à donner des encouragements et à accepter les malades ».

Le président de la Conférence Générale admet qu'il reste encore à faire.

J. Paulsen conclut en réaffirmant la valeur des femmes dans l'église et en exprimant des encouragements : « Si vous examinez les choses d'un point de vue statistique, il y a de quoi se décourager. S'il vous plaît, ne regardez pas les choses ainsi. Tant que les décisions sont prises au niveau local, vous avez la possibilité de choisir les propres leaders de vos congrégations. Vous pouvez aussi susciter du changement en vous rendant vous-même disponible. Devenez un porte-parole, le Seigneur vous a doté de nombreuses qualités et il est important que vous puissiez être un instrument pour Dieu dans la vie de l'église ».

Au cours de l'émission, le pasteur Jan Paulsen est rejoint par sa femme Kari. Ensemble, ils forment un partenariat dans le ministère et le leadership. Kari Paulsen participe, de multiples façons, au rôle de leader de son mari, elle a ainsi une perspective unique sur la plupart des thèmes abordés dans "Time to Talk".

A la suite du programme, plusieurs participantes, dont quinze femmes de Silver Spring, disent que cette discussion est un début prometteur, mais qu'elle devrait être la première d'une longue série de rencontres.

Après mûre réflexion, Iris David, une des participantes, s'exprime sur la question du leadership. Bien qu'elle soit d'accord avec J. Paulsen, elle précise : « Le leadership ne devrait vraiment pas être une question de femmes ou d'hommes. Il s'agit plutôt de travailler ensemble en partenaires. Chacun apporte ses qualités spécifiques et en fait profiter l'église et la société ».

Rebecca Brillhart, pasteur adjointe de l'église adventiste de Sligo à Takoma Park dans le Maryland, ajoute que le problème est davantage une question de « partage mutuel que d'égalité. C'est sur ce point que l'accent doit être mis ».

Kay Rosburg, une participante des Etats-Unis, trouve qu'il y avait trop de sujets à aborder en une heure de temps, pour pouvoir en discuter convenablement. Elle est particulièrement concernée par la question du leadership. « Plusieurs fois au cours de l'émission, le pasteur J. Paulsen a tenté de remettre ce problème entre les mains des églises et de la fédération locale ; mais un des points sur lesquels nous essayons de mettre l'accent, c'est que la Conférence Générale doit donner l'exemple en exprimant de fortes déclarations qui permettront de donner une base aux actions entreprises ensuite. Ainsi, si les femmes ne sont pas invitées ou élues pour assister aux réunions durant lesquelles est abordée la 'politique de l'église', comment peuvent-elles exprimer leur voix ? »

Heather Haworth, responsable du ministère auprès des femmes pour l'église adventiste en Grande-Bretagne et en Irlande, pense que l'émission a permis aux dirigeants d'entendre les questions posées dans le cadre du ministère auprès des femmes. Juste après le programme, elle précisa : « Bien que Jan Paulsen n'ait pas pu répondre à tous les points soulevés, nous apprécions ce qu'ils nous ont dit, lui et sa femme, à savoir que nous devons aller voir nos dirigeants locaux pour exprimer nos requêtes ».