Paris, France – La laïcité française dans tous ses états

Mis à jour le 18.01.2008 à 11:04
Paris, France ? La laïcité française dans tous ses états
Le président de la République française, Nicolas Sarkozy s'est efforcé le jeudi 17 janvier de calmer la polémique suscitée en France par ses récents discours de Rome et de Ryad sur la religion et a réaffirmé son attachement à la laïcité.

Il a reçu en début de soirée les dirigeants des six principales confessions de France dont, pour la première fois, le président de l'Union bouddhiste de France, Olivier Wan Gehn.
Selon son porte-parole, il a « réaffirmé son attachement au principe de la laïcité, qui est un principe de respect de toutes les croyances et non un combat contre les religions ».
« Nul ne doit plus avoir de raison aujourd'hui de se sentir blessé par la laïcité », a-t-il poursuivi, selon David Martinon, tout en faisant un parallèle entre fait religieux et Lumières.

« La reconnaissance du sentiment religieux, comme une expression de la liberté de conscience et (...) comme un fait de civilisation, font partie, au même titre que la reconnaissance de l'héritage des Lumières, de notre pacte républicain et de notre identité », a ajouté le chef de l'État.

« Tous ceux qui sont attachés à la République, à son idéal, devraient s'efforcer de défendre les valeurs de diversité, de tolérance et de compréhension », a-t-il souligné dans une allusion à la polémique sur ses propos sur la religion.
« Dans la République apaisée et fraternelle que souhaitent les Français, tous ceux qui ont des convictions philosophiques, morales, religieuses, devraient avoir à coeur de faire preuve de respect pour les convictions qu'ils ne partagent pas. »
Lundi à Ryad, il a notamment dit ne pas connaître de pays « dont l'héritage, dont la culture, dont la civilisation n'aient pas de racines religieuses ».

Le 20 décembre, lors d'une cérémonie où il était devenu chanoine de Saint-Jean-de-Latran, à Rome, il avait évoqué les « racines chrétiennes de la France », prôné une « laïcité positive » mais fait aussi l'éloge de la foi, gage d'espérance à ses yeux.

« Dans la transmission et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur », avait-il aussi dit.
Le député socialiste Laurent Fabius a invité le chef de l'État à s'en tenir à la « version traditionnelle de la laïcité ».
« On ne peut pas être à la fois laïc et non-laïc »
, a déclaré l'ancien Premier ministre jeudi sur RTL. « Il faut qu'on ne mélange pas les religions, que je respecte, et le domaine public dans lequel elles n'ont pas à interférer ».

Comme lui, nombreux sont ceux qui, dans l'opposition et le monde syndical, se sont inquiétés des propos du chef de l'État.
Le syndicat enseignant Snes-FSU a ainsi estimé que les propos du chef de l'État était « incompatibles avec l'exercice de sa fonction » et a accusé Nicolas Sarkozy de « distiller l'idée d'une République soumise à la religion ».
Lors des questions d'actualité mercredi à l'Assemblée nationale, le député socialiste Jean Glavany avait interpellé la majorité à propos du discours de Ryad, « où Dieu n'est plus cité à chaque page, mais à chaque ligne, créant désormais un problème de fond dans la République ».
La loi de 1905 de séparation entre l'Église et l'État « n'est-elle pas violée en la circonstance ? » a-t-il demandé.
« Nous souhaitons reconnaître le rôle de la spiritualité, de toutes les spiritualités, sous toutes leurs formes. Les Français y sont très attachés », lui a répondu la ministre de l'Intérieur, également en charge des Cultes, Michèle Alliot-Marie.
Jeudi dernier, le premier secrétaire du PS, François Hollande, avait mis en garde le président de la République contre une éventuelle remise en cause de la loi de 1905.
Dans un entretien à l'Express, le président du Mouvement démocrate, François Bayrou, estime pour sa part que « remettre en cause le principe de laïcité, c'est ouvrir la boîte de Pandore ».
Jeudi matin, Nicolas Sarkozy avait fait allusion à ce débat lors de ses voeux aux Forces de la Nation.
« Je sais qu'on m'accuse beaucoup de trop m'intéresser à la religion mais je pense qu'on peut respecter ceux qui veulent aller à la messe et ouvrir les bibliothèques le dimanche. Ce n'est pas absolument contradictoire », a-t-il estimé. « Je ne mets pas en cela gravement en cause la laïcité ».
Selon Mgr André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, les dignitaires religieux invités à l'Élysée ont discuté avec le chef de l'État de ses discours et de « la manière dont il envisageait une laïcité ouverte ».

Ils ont aussi parlé d'un projet de participation des églises au Conseil économique et social, a précisé le Pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France, pour qui le débat actuel sur la laïcité fait « beaucoup de bruit pour rien ».
Étaient également présents, le président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, le Grand rabbin de France, Joseph Sitruk, et le métropolite grec orthodoxe Adamakis Emmanuel.
Tous se disent satisfaits de leur entretien avec le chef de l'État et des discours de Rome et de Ryad.

Source : Agence Reuters/Le Monde/BIA