Silver Spring, Maryland, Etats-Unis - Les femmes de pasteurs devraient-elles recevoir une indemnité ?

Mis à jour le 03.09.2007 à 08:21
Silver Spring, Maryland, Etats-Unis - Les femmes de pasteurs devraient-elles recevoir une indemnité ?
Il arrive que dans les paroisses, certains membres se sentent frustrés lorsque l'épouse de leur nouveau pasteur semble passer plus de temps à poursuivre ses études universitaires et à exercer une profession qu'à enseigner dans les classes bibliques de la catéchèse des enfants, ou à cuisiner des plats pour les repas en commun au sein de l’église.

Pour de nombreuses épouses de pasteurs, la famille et les responsabilités professionnelles entrent en compétition pour occuper la première place, ne leur laissant que peu de temps pour se porter volontaire pour l'église locale. Celles qui oeuvrent en équipe dans le ministère avec leurs maris-pasteurs font le plus grand don financier non-indemnisé pour le ministère de l'église locale.

L'église se doit de réussir à gérer la situation de manière satisfaisante. D'après ces mêmes responsables, ce problème se tramait depuis des décennies.

Certaines divisions administrative de l'Eglise ont mis en place des politiques de rémunération (avec plus ou moins de succès) pour les épouses des employés de l'oeuvre, et un pays emploie même plusieurs épouses à plein temps. Mais des responsables de l'église font remarquer que dans certains pays, les femmes de pasteurs ne sont pas autorisées à travailler en dehors de chez elles et que tout travail qu'elles puissent faire pour l'église n'est jamais indemnisé. Cela ne reste que du bénévolat.

Darlys Robertson, directrice du ministère auprès des femmes pour l'Union de la Californie du nord de l'Eglise, précise que les femmes de pasteurs sont particulièrement touchées par les fréquents déménagements qui déstabilisent souvent leurs plans de carrière et de retraite.

« Chaque fois que nous déménageons dans une nouvelle église, je dois tout recommencer à zéro », dit D. Robertson, faisant remarquer que les difficultés augmentent avec l'âge.

Pour D. Robertson, elle-même femme de pasteur, la retraite est une menace, comme une visite longtemps retardée chez le dentiste. « Nous n'allons pas vivre sous les ponts et nous n'allons pas non plus mourir de faim ; nous croyons que le Seigneur comblera nos besoins, mais je sais que quand je prendrais ma retraite, je n'aurais rien mis de côté », dit elle. « Et cela m'inquiète ».

Sharon Cress, adjointe à l'association pastorale à la Conférence Générale, partage l'inquiétude de D. Robertson. Mais elle dit qu'il n'est pas surprenant que D. Robertson et les autres femmes qui travaillent dans le ministère, en équipe avec leurs époux, ne reçoivent aucun dédommagement financier.

S. Cress se rappelle d'un incident particulièrement dérangeant : une femme de pasteur fut expulsée de chez elle après que son mari, employé de l'oeuvre, soit décédé. Elle n'avait plus les moyens de payer le loyer. « Quand j'entends des histoires comme celle-là, je réalise que nous ignorons les principes du Nouveau Testament qui demandent de protéger la veuve ». S. Cress dit qu'offrir un ensemble d'avantages pour la retraite des femmes de pasteurs aiderait à « corriger cette erreur ».

Mais distribuer des indemnités en fin de carrière d'un époux n'est ni idéal, ni légal, dit Del Johnson, directeur du service des retraites pour la division nord-américaine de l'église. Une meilleure solution, dit-il, serait d'intégrer les femmes de pasteurs dans le personnel, « comme tous les autres employés qui travaillent pour l'église ».

D. Johnson dit qu'avant janvier 2000, l'église adventiste d'Amérique du nord a essayé de fournir des avantages retraites de rattrapage aux épouses de pasteurs, lorsque le couple avait travaillé pour l'oeuvre en équipe. Mais elle a dû faire face à des procès pour discrimination et à des conflits judiciaires.

D. Johnson dit que 38 des 50 états des Etats-Unis font complètement obstacle aux indemnités pour les épouses. Ils se basent sur le fait que les montants des rémunérations sont disproportionnés pour le même travail. « C'est injuste que certains pasteurs reçoivent moins d'avantages du fait que leurs épouses ont un travail en dehors de l'église ».

D. Johnson ajoute qu'il est de plus en plus courant que les femmes de pasteurs travaillent dans le secteur public. Le besoin d'allouer une indemnité pour l'épouse sous la forme d'un ensemble d'avantages est fréquemment « obsolète ».

Gerry Karst, vice-président de la Conférence Générale, est d'accord : « Toutes les femmes ne peuvent pas être employées ou ne veulent pas être employées dans l'équipe pastorale ». Mais cela ne répond pas au problème de la rémunération de celles qui le souhaitent. « Dans la société économique d'aujourd'hui, il est extrêmement difficile pour un pasteur de faire vivre une famille sur un seul salaire ».

Le problème n'est pas nouveau. En avril 1898, Ellen G. White, co-fondatrice de l'Eglise adventiste, a écrit une lettre aux responsables de l'église, menaçant de détourner une partie de sa dîme pour indemniser les femmes de pasteurs qui méritaient un salaire, selon elle.
Ralph E. Robertson, le mari de Darlys, est directeur de l'association pastorale en Californie du nord. Il dit qu'il est injuste pour une femme de travailler à mi-temps pour le ministère et de ne jamais être payée. Il ajoute que les ministères de couple représentent un idéal, mais que peu de monde peut se payer ce luxe.

Cependant, Marti Schneider, directrice des programmes pour « Adventist Mission, » met régulièrement en garde les femmes de pasteurs contre le fait de refuser un ministère de couple, simplement pour éviter un sacrifice financier. Elle dit que le ministère n'est pas l'endroit où l'on doit attendre un gros chèque. « Apprenez à franchir toutes les portes qui s'ouvrent, même si ce n'est pas votre premier choix ».
Du fait que l'Eglise n'emploie pas systématiquement les femmes de pasteurs, quelques administrateurs locaux de l'église le font, de manière indépendante, quand des fonds sont disponibles. Juan Prestol, aide-trésorier à la Conférence Générale, dit que c'est le seul moyen d'opérer du changement. Il dit que les efforts des hauts dirigeants de l'église pour encourager le paiement des femmes qui travaillent en couple dans le ministère, ont été « au mieux, très médiocres » parce que le problème doit être arbitré au niveau local.

Il continue : « Je ne veux pas sembler cynique, mais au niveau de la Conférence Générale, nous pouvons dire tout ce que nous voulons, au niveau local ça se résume à un problème d'argent. Le projet de payer les femmes de pasteurs entre en collision avec d'autres engagements financiers majeurs de l'église ».

Depuis 1993, un programme d'église en Inde a embauché les épouses de pasteurs dans le ministère. Cela a donné une instruction à des centaines de femmes, augmentant l'alphabétisation, rendant des ministères plus productifs et occasionnant des centaines de nouveaux membres d'église. Les responsables adventistes disent que l'Eglise en Inde « prospère » du fait des efforts des femmes de pasteurs.

Hepzibah Kore, qui supervise localement le projet sponsorisé par Shepherdess International (de la Conférence Générale), dit qu'équiper les femmes de pasteurs pour donner des études bibliques, savoir mener des petits groupes et leur apporter un ferme ancrage dans l'histoire et les croyances de l'église, rend le ministère pastoral plus productif. Actuellement, environ 220 femmes de pasteurs travaillent dans le projet et cela a attiré quelques 2 000 personnes à l'église.

En Amérique du nord, quand elles déménagent dans un nouvel endroit, les femmes de pasteurs reçoivent trois mois de salaire pour les aider à s'installer et à payer les frais de recherche d'emploi.

Frank Tochterman président de l'Eglise pour la fédération du sud de la Nouvelle Angleterre, explique que certaines épouses choisissent des carrières d'infirmière ou dans l'enseignement pour « se garantir » un emploi partout où elles pourraient déménager. Il ajoute que d'autres « commencent par le bas » et sont « chanceuses » si elles rencontrent quelqu'un dans l'église qui les mette en relation pour du travail.

F. Tochterman dit aussi que certains pasteurs lui ont répondu : « Nous n'accepterons pas cet appel si vous n'embauchez pas ma femme ». C'est une requête qui est rarement acceptée. Il ajoute que les pasteurs et leurs épouses ne devraient pas se débrouiller pour obtenir un faux poste juste pour être dans le fichier de salaires de l'église.

Bonnie Davidson, employée à la fédération de la Caroline et femme du président de la division, dit qu'un programme de l'église locale bien accepté par la division a employé entre 600 et 730 femmes de pasteurs de 1991 à 2001. Les épouses travaillaient 10 à 15 heures par semaine et étaient payées par primes, non par salaires.

C'est un projet, dit-elle, que la fédération renouvellerait volontiers si « des ressources illimitées » étaient disponibles. Mais l'église dans la région ne peut pas justifier le fait de réduire l'équipe pastorale pour payer les épouses.

Equilibrer ce budget vacillant, dit G. Karst, requerra vraisemblablement « la sagesse de Salomon et la patience des Saints ».

Source : ANN/BIA