Silver Spring, Maryland, Etats-Unis - 15 millions d'adventistes. Quelle est la fiabilité des statistiques ?

Mis à jour le 05.07.2007 à 21:19
Silver Spring, Maryland, Etats-Unis - 15 millions d'adventistes. Quelle est la fiabilité des statistiques ?
En octobre dernier, le Bureau des archives et des statistiques (AST) de la Conférence générale de l’Eglise adventiste du septième jour a rapporté qu'il y avait presque 14,4 millions de membres baptisés dans l'Eglise adventiste mondiale. L'Eglise estime que ce chiffre atteindra les 15 millions avant la fin de cette année. Le directeur d'AST, Bert Haloviak, pense que ces statistiques sont « assez précises ». Ce n'était pas le cas en l’an 2000. En effet, malgré des rapports élogieux sur la croissance de l'Eglise mondiale, des officiels de l'église ont supposé que les registres des églises locales pourraient cacher la vérité.

« Nous nous étions déchargés des audits de membres depuis de bien nombreuses années » déclare Matthew A. Bediako, secrétaire de l'église mondiale. « On s'attend à ce que les rapports des secrétaires soient justes, mais lorsqu'on regarde de plus prés, on découvre des statistiques irréalistes ».

G.T. Ng, secrétaire adjoint de l'Eglise adventiste mondiale, pense que l'Eglise a pour obligation morale de donner un rapport précis sur les membres. « Si le nombre de membres est gonflé, qui trompons-nous ? Nous-mêmes ? ».

En 2000, G.T. Ng était secrétaire de la Division de l'Asie-Pacifique Sud de l'Eglise. A cette époque, cette région ne disposait que de statistiques insuffisantes. Il reçut un appel de la Conférence Générale pour conduire des audits complets de membres sur les treize divisions de l'église. B. Haloviak se souvient que c'était « une opération minutieuse et pénible ».

G.T. Ng se rappelle que l'.Eglise demandait au secrétaire des divisions des chiffres réalistes et précis.

Hendrik Sumendap, secrétaire de la Division de l'Asie-Pacifique Sud, déclare que les audits eurent pour conséquence une « perte très décourageante de 300.000 personnes »

En 2002, B. Haloviak dit que de tels résultats commencèrent à se voir dans les rapports de statistiques de l'église, minant petit à petit le taux de croissance annuel de l'Eglise, qui est passé de 5,42 % en 2001 à 3,32 % l'année dernière. Toutefois, les premiers rapports de 2007 indiquent une remontée du taux de croissance à 4,98 %.

B. Haloviakdit que sept ans après l'importante offensive d'audit, certaines régions ne coopèrent toujours pas pour nuancer leurs chiffres et se rallier aux récents taux de croissance de l'église.
« Si vous examinez leurs statistiques, c'est flagrant qu'il y a un problème avec leurs chiffres. Il est clair que lorsqu'on a dit aux secrétaires de divisions de faire des audits, l'information n'a tout simplement pas été prise en compte dans certains cas ».

En dehors des audits de membres de l'an 2000 qui ont eu une portée considérable, chaque secrétaire de division de l'Eglise est supposé soumettre à la Conférence Générale une mise à jour trimestrielle des listes de membres d'église. Ces rapports suivent les mouvements des membres : baptêmes, transferts, décès, membres absents et démissions.

Kathleen Jones, qui s'occupe des statistiques générales à la Conférence Générale, dit que les chiffres ne sont pas toujours exacts. « Quelquefois, le total des colonnes est même faux ». Parfois, des fédérations n'envoient pas de rapport pendant un trimestre à cause du manque d'effectif. K. Jones précise qu'elle voudrait que « l'église prenne davantage de dispositions pour pousser les gens à coopérer ».

Les statisticiens de l'église estiment à au moins dix sur 1.000 le nombre de personnes qui meurent chaque année. G.T. Ng croît que les églises individuelles devraient « faire le tri dans leurs registres » une fois par an, comme cela est recommandé dans le manuel d'église. Mais il avoue que c'est déchirant de décider quand enlever un membre inactif des registres. « Le but des audits est de raccrocher les gens, pas de s'en débarrasser ».

Harold Wollan, secrétaire de la Division Transeuropéenne, approuve : « Nous n'encourageons pas à radier les membres qui ne viennent pas au service cultuel hebdomadaire ».

G.T. Ng s'inquiète que certaines églises enlèvent d'un seul coup tous les membres absents ou inactifs de leurs registres, dans l'espoir d'accélérer le processus d'audit. Il ajoute : « On ne peut pas raccourcir un audit ».

En Amérique du Nord, 53 fédérations sur 58 utilisent un logiciel informatique sécurisé créé en 2003. Ainsi, les secrétaires d'église « peuvent enregistrer électroniquement les votes des membres, ce qui remplace les traditionnels registres, » précise Nancy Lamoreaux, directrice des services informatiques de l'église en Amérique du Nord.

Sherri Ingram-Hudgins, analyste-programmeur de ce logiciel, dit que le rôle de ce logiciel se limite à enregistrer les votes pris au niveau de l'église locale. « Aucun mastodonte géant n'est caché derrière ces machines pour effacer de manière arbitraire les noms des registres ». Ce que G.T. Ng appelle la « tâche sacrée », qui consiste à manager les membres avec exactitude, est en fin de compte aux mains des églises locales.

C. White, pasteur de l'église de Phoenix Camelback, affirme que des registres de membres inexacts sont inévitables. Sans un pasteur adjoint ou un comité chargé des membres, il dit que suivre la trace de chaque membre non pratiquant est simplement hors de question. Il affirme : « Depuis sept ans que je suis là, je suis devenu plus appliqué pour ce qui est de maintenir les membres, mais de nombreuses personnes sont absentes depuis dix ou quinze ans ».

Cheryl Oberlick, secrétaire d'église, dit que lorsque les anciens visitent ces personnes qui ne viennent plus, ils sont souvent accueillis de manière hostile. C. Oberlick dit : « Nous avons découvert une règle : ces personnes préfèrent ne pas être contactées. Si toutefois il y a un contact quelconque, elles souhaitent en être à l'initiative ».

C. White est d'accord que les efforts pour garder le contact avec les membres d'église sont importants, mais qu'ils ne sont pas la première priorité. Il ajoute : « C'est une question de gestion du temps. Nous préférons que nos membres qui sont présents et actifs actuellement soient impliqués dans le ministère et les groupes de foyer ».

G.T. Ng et d'autres officiels de l'église ont observé que lorsque les dirigeants considèrent les membres avec sincérité, ils contribuent à assurer la crédibilité de l'église.

Les secrétaires de divisions comme Barry Oliver, qui travaille pour la Division du Pacifique Sud de l'église, rapportent aussi que les audits ont provoqué un changement spectaculaire du centre d'intérêt de l'église : il est passé de la volonté d'augmenter le nombre de baptêmes à l'enrichissement et au maintien des membres actifs dans l'église.

G.T. Ng approuve : « Le baptême est important, mais lorsque tu lis la Bible, tu vois que le but n'est pas seulement de baptiser, il est aussi de faire des disciples ». Si l'église pratique « une évangélisation responsable » avec plus de zèle, le besoin d'audits des membres diminuera de manière significative.

Source : ANN/BIA